LA FLÛTE ENCHANTÉE
du théâtre Séraphin
Pièce d'ombres en un tableau.

https://museedelimage.fr/telechargement/peda/MIE_ombres_fichesen+.pdf, p. 21
Texte de Nicolas AUBERT, libre de droits.
PERSONNAGES :
DODICHON, l'enfant
MARGOTTINE, la mère
GUINGUET, le fermier
Accessoires : une armoire, une armoire éclatée, un ballot de linge, une paire de bottes, deux chaises, un cochon, un fagot, une marmite, une table, une vache, une veste suspendue.
Décors : un cuveau à gauche, une cheminée à droite,
une table et deux chaises, une armoire.
La scène se passe dans la maison de MARGOTTINE et de son fils DODICHON. DODICHON est déjà en place, planté, droit, sans bouger.
MARGOTTINE, entrant. - Dodichon ! Dodichon !
DODICHON. - (Il parle d'une voix bébête). Oui maman !
MARGOTTINE. - Dodichon !
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Dodichon, mon fils, tu m'écoutes ?
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Je dois aller au marché...
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Alors, écoute-moi bien !
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Tu vas devoir m'aider...
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Tu vas mettre le linge sale dans le cuveau...
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Et du bois dans le feu de la cheminée.
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Tu as bien compris, Dodichon ?
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Tu as compris quoi ?
DODICHON. - Ben... ça !
MARGOTTINE. - Quoi ça ?
DODICHON. - Tout ça que tu m'as dit...
MARGOTTINE. - Ah oui, et je t'ai dit quoi ?
DODICHON. - Ben...
MARGOTTINE. - J'écoute...
DODICHON. - ...J'sais pas...
MARGOTTINE. - (à part) Non mais, quelle andouille, ce Dodichon ! (à Dodichon) Bon, je vais répéter. Écoute bien !
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Dodichon, quand je serai partie, tu vas mettre le linge sale dans le cuveau et du bois dans le feu de la cheminée.
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Tu as bien compris, Dodichon ?
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Alors, répète !
DODICHON. - Répète quoi ?
MARGOTTINE. - Mais, ce que tu dois faire ! Ce que je viens de te dire !
DODICHON. - Ah ! Ça ! Je dois mettre le linge sale dans le feu de la cheminée et du bois dans le cuveau. Fastoche !
MARGOTTINE. - (à part) J'aurais dû m'en douter. C'est trop compliqué. (à Dodichon) Tu sais ce qui est noir, Dodichon ?
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Montre-moi quelque chose de noir, Dodichon !
DODICHON. - Ben, le paquet de linge sale.
MARGOTTINE. - C'est très bien, Dodichon. Maintenant, montre-moi le cuveau.
DODICHON, se tournant vers le cuveau. - Fatoche, maman, il est là !
MARGOTTINE. - Bien, tu dois mettre ce qui est noir dans le cuveau.
DODICHON. - Oui maman !
MARGOTTINE. - Tu dois mettre quoi, Dodichon ?
DODICHON. - Je dois mettre ce qui est noir, maman !
MARGOTTINE. - Très bien... et tu dois mettre où ce qui est noir ?
DODICHON. - Euh... dans le cuveau !
MARGOTTINE. - Bravo, Dodichon, c'est très bien. Maintenant, montre-moi quelque chose de sec...
DODICHON. - Ben, le fagot de bois mort.
MARGOTTINE. - Bien, Dodichon ; tu dois mettre ce qui est sec dans le feu de la cheminée.
DODICHON. - Oui ! J'ai compris !
MARGOTTINE. - Tu as compris quoi, Dodichon ?
DODICHON, chantant sur l'air de Cadet Rousselle. -
Ce qui est sec, dans la ch'minée (bis)
Ce qui est noir, dans le cuveau ; (bis)
Ce qui est sec, dans la ch'minée -ée,
Ce qui est noir, dans le cuveau -eau.
MARGOTTINE, chantant. - Ah, ah, ah oui vraiment !
DODICHON, chantant. - J'ai tout compris, c'est épatant !
MARGOTTINE, chantant. - Ah, ah, ah oui vraiment !
DODICHON, chantant. - J'ai tout compris, c'est épatant !
MARGOTTINE. - Bien, alors, je vais te laisser, Dodichon, sois bien sage !
DODICHON. - Oui, maman !
(Margottine quitte l'écran et Dodichon se retrouve seul. Il va appliquer les consignes de sa mère. Pour rapporter chaque chose, il pourra quitter l'écran et revenir avec l'objet ou l'animal en question).
DODICHON, seul, parlant haut. - Allons ! Au travail ! Le baluchon de linge sale, c'est noir ! Dans le cuveau ! Ah ! Je dois sortir la marmite du feu, elle me gêne. Elle est noire ! Dans le cuveau ! Oh, il y a quelque chose qui chauffe dans le feu. C'est noir ! Dans le cuveau ! Le fagot de bois, c'est sec ! Dans la cheminée ! La veste de papa, c'est noir ! Dans le cuveau ! La chaise de maman, c'est sec ! Dans la cheminée ! Les bottes de papa, c'est noir ! Dans le cuveau ! La chaise de maman, c'est sec ! Dans la cheminée ! Le cochon, c'est noir ! Dans le cuveau ! La table à manger, c'est sec ! Dans la cheminée ! La vache, c'est noir ! Dans le cuveau ! L'armoire, c'est sec ! Allons chercher la hache ! Hop ! Hop ! En trois morceaux ! Dans la cheminée ! (Il chante sur l'air de Cadet Rousselle, en dansant).
Ce qui est sec, dans la ch'minée (bis)
Ce qui est noir, dans le cuveau ; (bis)
Ce qui est sec, dans la ch'minée -ée,
Ce qui est noir, dans le cuveau -eau.
Ah, ah, ah oui vraiment !
J'ai tout bien fait, c'est épatant !
MARGOTTINE, revenant du marché. - Dodichon !
DODICHON. - Oui, maman !
MARGOTTINE. - (Elle chante avec Dodichon sur l'air de « Une poule sur un mur »). Dodichon, où est la table ?
DODICHON. - Elle est partie dans le feu !
MARGOTTINE. - Et les chaises, et l'armoire ?
DODICHON. - Ell's ont brûlé à qui mieux mieux !
MARGOTTINE. - Et qu'as-tu fait de la vache ?
DODICHON. - Elle est avec le cochon !
MARGOTTINE. - Et le bon plat qui cuisait ?
DODICHON. - Dans l' cuveau, j'ai tout lavé ! Hi ! Hi ! Hi ! (Il chante sur l'air de Cadet Rousselle, en dansant).
Ce qui est sec, dans la ch'minée (bis)
Ce qui est noir, dans le cuveau ; (bis)
Ce qui est sec, dans la ch'minée -ée,
MARGOTTINE, criant. - Et en plus, ça te fait rire ! Plus de vache, plus de cochon, plus de table, plus d'armoire... et je suis sûre que j'en oublie ! (Elle fesse Dodichon). Tiens, tiens ! Tiens !
DODICHON. - Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe...
MARGOTTINE. - Où sont les bottes de ton père ? (Elle fesse Dodichon).
DODICHON. - Ouille, ouille, ouille, ouille, ouille, ouille, ouille...
MARGOTTINE. - Où est la veste de ton père ? (Elle fesse Dodichon).
DODICHON. - Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe...
MARGOTTINE. - Où est passé notre repas ? (Elle fesse Dodichon).
DODICHON. - Ouille, ouille, ouille, ouille, ouille, ouille, ouille... J'ai le derrière tout enflé, maintenant !
GUINGUET, le fermier, entrant. - Hola ! Que se passe-t-il ici ? Pourquoi tant de cris !
MARGOTTINE. - Ah ! Guinguet, monsieur Guinguet !
(Elle chante avec Dodichon sur l'air de « Gentille alouette »).
Mon Dodichon, il est super bête,
Mon Dodichon, il a tout jeté.
DODICHON. - Et les chaises,
Et l'armoire,
Et la vache,
Et l'cochon.
MARGOTTINE. - Mon Dodichon, il est super bête,
Mon Dodichon, il a tout jeté.
GUINGUET. - Je le vois bien, vous n'avez plus rien !
DODICHON. - Pourtant, j'avais tout bien fait !
MARGOTTINE. - Ah ! Ce Dodichon !
GUINGUET. - Calmez-vous, Margottine, ce n'est pas de sa faute. Il est simple.
MARGOTTINE. - Oui, mais nous n'avons plus rien, même pas de quoi manger...
GUINGUET. - Calmez-vous, Margottine, je peux tout arranger !
MARGOTTINE. - Ah oui, et comment ?
GUINGUET. - Avec ma flûte ! Elle est enchantée !
MARGOTTINE. - J'aimerais bien voir ça
GUINGUET. - Regardez et écoutez, Margottine ! (On passera un air de flûte et les objets et les animaux sortiront du cuveau ou de la cheminée et sortiront de l'écran).
MARGOTTINE. - Ah ! Grand merci, fermier Guinguet ! Merci !
GUINGUET. - Attendez, Margottine, attendez ! J'ai gardé le meilleur pur la fin !
MARGOTTINE. - Comment ça ?
(Guinguet s'approche de Dodichon et joue un air de flûte. Dodichon se déplie et devient grand).
DODICHON. - Oh, fermier Guinguet, on dirait que j'ai grandi !
MARGOTTINE. - C'est un miracle ! Un miracle !
GUINGUET. - Et ce n'est pas tout... Dodichon, comment te sens-tu ?
DODICHON. - C'est bizarre, c'est comme si ma tête n'était plus engourdie ! J'ai l'impression de tout comprendre !
GUINGUET. - C'est ça, Dodichon, c'est ça : tu es devenu intelligent !
DODICHON. - Intelligent !?
GUINGUET. - Intelligent ! Et je peux te garantir que c'est pour toujours !
MARGOTTINE. - Oh ! Seigneur !
GUINGUET. - Et puisque, maintenant, on peut rire de cette aventure, si on reprenait votre petite chanson ?
GUINGUET, MARGOTTINE et DODICHON. - (Ils chantent sur l'air de Cadet Rousselle, en dansant).
Ce qui est sec, dans la ch'minée (bis)
Ce qui est noir, dans le cuveau ; (bis)
Ce qui est sec, dans la ch'minée -ée,
Ce qui est noir, dans le cuveau -eau.
Ah, ah, ah oui vraiment !
Tout finit bien, c'est épatant !
RIDEAU
Cette histoire a été écrite à partir de la planche d'ombres qui lui est associée et, il faut le dire, par le résumé qu'en avait fait Le musée de l'image d’Épinal dans son ouvrage :
https://museedelimage.fr/telechargement/peda/MIE_ombres_fichesen+.pdf