THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

LE  RETOUR  DU  FILS  PRODIGUE

(Texte tiré de : Véritable cantique de l'enfant Prodigue, 1859 domaine public)

 

(à voir sur Gallica à :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6430057s?rk=21459;2)

 

Air : Un jour le berger Tyrcis.

 

TABLEAU N° I : LE DÉPART DU FILS PRODIGUE

 

LE FILS PRODIGUE.

Je suis enfin résolu

D'être en mes mœurs absolu ;

Donnez moi vite, mon père,

Ce qui revient à ma part,

Vous avez mon autre frère,

Consentez à mon départ.

 

LE PÈRE.

Pourquoi veux-tu, mon enfant,

Faire ce que Dieu défend ?

Veux-tu désoler mon âme,

Nos parents et nos amis ?

Je serais digne de blâme

Si je te l'avais permis.

 

LE FILS PRODIGUE.

Je veux, en dépit de tous,

M'éloigner d'auprès de vous ;

En vain vous faites la guerre

À ma propre volonté,

Je ne crains ni ciel ni terre,

Je veux vivre en liberté.

 

LE PÈRE.

Mais, hélas ! quelle raison

Te fait quitter la maison,

Ne te suis-je pas bon père,

De quoi te plains-tu de moi,

Et qu'est-ce que je puis faire

Que je ne fasse pour toi ?

 

LE FILS PRODIGUE.

Vous m'exhortez, il est vrai,

Mais je veux vivre en cadet ;

Vous condamnez à toute heure

Le moindre dérèglement ;

Je vais changer de demeure,

Sans retarder un moment.

 

LE PÈRE.

Ainsi donc, cœur obstiné

Adieu, pauvre infortuné ;

Ton égarement me tue,

J'en suis accablé d'ennui ;

Je vois ton âme perdue,

Je ne sais plus ou j'en suis.

 

TABLEAU N° 2 : LE FILS PRODIGUE DÉBAUCHÉ

 

LE FILS PRODIGUE.

Venez à moi, libertins,

Prenez part à mes festins ;

Venez à moi, chers lubriques.

Consumons nos courts moment.

Dans les infâmes pratiques

Des plus noirs débordements.

 

Pensons à boire et manger

Dans ce pays étranger ;

Je n'ai plus peur d'un père

Qui me suive pas à pas ;

Songeons à nous satisfaire

Dans l'ordure et les ébats.

 

Contentons tous nos désirs

En nageant dans les plaisirs.

Et vivons de cette sorte

Tant que l'argent durera

Nous irons de porte en porte

Sitôt qu'il nous manquera.

 

TABLEAU N° 3 : LE PRODIGUE PÉNITENT

 

LE FILS PRODIGUE.

Ô le triste changement,

Après un train si charmant !

Je ne vois plus à ma suite

Ceux qui me faisaient la cour ;

Tout le monde a pris la fuite,

Pas un n'use de retour.

 

Je me trouve sans appui,

Dans la honte et dans l'ennui.

Ma conduite toute impure

M'a mis au rang des pourceaux ;

Il est juste que j'endure

Autour de ces animaux.

 

Je rougis de mes forfaits

Et des crimes que j'ai faits ;

Je fonds en pleurs, le soupire,

Je sens de cuisants remords ;

Je souffre un cruel martyre.

De cœur, d'esprit et de corps.

 

Je meurs même ici de faim,

Faute d'un morceau de pain ;

Tandis que chez mon cher père,

Où jamais rien ne défaut,

Le plus chétif mercenaire

En a plus qu'il ne lui faut. »

 

Je voudrais bien me nourrir

Des fruits qu'on laisse pourrir ;

Je voudrais bien sous ce chêne,

Des restes de mes pourceaux ;

Mais j'ai mérité la peine

Qu'attirent les bon morceaux.

 

Je veux pourtant me lever,

Pour penser à me sauver ;

Il est temps que je détourne

Mon cœur de l'iniquité,

Et qu'enfin je m'en retourne

Vers celui que j'ai quitté.

 

TABLEAU N° 4 : LE RETOUR DU FILS PRODIGUE

 

LE FILS PRODIGUE, à son père.

Voici, cher père, à genoux,

Un fils indigne de vous :

Si vous daignez me permettre

D'entrer dans vos palais,

Ce me sera que trop que d'être

Au nombre de vos valets.

 

J'ai péché contre les cieux,

Je n'ose y lever les yeux ;

J'ai péché contre vous-même,

Je n'ose vous regarder ;

Ma douleur en est extrême,

Je suis prêt à m'amender.

 

Je me soumets de bon cœur

À votre juste rigueur ;

Je ne veux plus vous déplaire,

Oubliez ce que je fis :

Vous êtes, encore le père

De ce misérable fils.

 

LE PÈRE, à son fils.

Cher enfant, embrasse-moi,

Je brûle d'amour pour toi ;

Mes entrailles sont émues

Et d'amour et de pitié ;

Par ton retour tu remues

Tout ce que j'ai d'amitié.

 

Laquais, cherchez des souliers,

Et mettez-les à ses pieds ;

Cherchez dans ma garde robe

Une bague pour son doigt,

Avec sa première robe,

Puisqu'il revient comme il doit.

 

Qu'on prépare le veau gras,

J'ai mon fils entre mes bras :

Il avait perdu la vie,

Mais il est ressuscité ;

Chers amis je vous convie

À cette solennité.

 

TABLEAU N° 5 : RÉFLEXIONS

 

C'est ainsi que le Seigneur

Reçoit le pauvre pécheur ;

Il l'embrasse et le console,

Il l'aime plus que jamais,

Et d'une simple parole

Il remplit tous ses souhaits.

 

Fais donc, pécheur, par amour,

Vers Dieu ce parfait retour ;

Tu recouvreras ta grâce

Et les dons du Saint-Esprit ;

L'ennemi rendra la place

De ton cœur à Jésus-Christ.

 

Tes mérites suspendus

Te seront soudain rendus ;

Ta paix en sera parfaite,

La terre t'en bénira.

Tout le ciel en fera fête,

Et l'enfer en frémira.

 

FIN

 

     Heureux enfants ! ne quittez jamais le toit paternel, suivez toujours les conseils de vos parents ; la confiance et l'inexpérience de votre âge vous entraînent vers de faux amis ; fuyez et redoutez les plaisirs que les débauchés veulent vous faire goûter, car trop souvent vous y perdez l'honneur et la vie.


     Le découpage en tableau n'est pas d'origine. Il a été mis en place pour les besoins du théâtre d'ombres, chaque tableau correspondant à un décor particulier.

    Les planches de l'ouvrage L'Enfant Prodigue d'Henri Rivière et de Georges Fragerolle sont présentées à la page :
http://www.business-link.fr/HR/ombres.htm



     Une animation -de très haute qualité- à partir de l'ouvrage d'Henri Rivière et de Georges Fragerolle est consultable sur :
http://www.clin-doeil.com/HR/presHR.htm



 




 
 
Créé avec Créer un site
Créer un site gratuitement