THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES


MADAME  LA  BARONNE
 

du théâtre Séraphin

Représentée pour la première fois à Versailles
le 27 janvier 1791.


planche traditionnelle du domaine public


Le théâtre représente une place publique ; à gauche du spectateur, une maison.


Personnages : la baronne
                       le baron
                       un jeune ramoneur
                       un vieux ramoneur



SCÈNE  PREMIÈRE

LA  BARONNE, à son balcon. - Il faut que j'aie une patience bien constante, depuis une demi-heure que j'attends ces ramoneurs, il paraît qu'ils ont juré de me faire languir ici toute la matinée. (On entend dans le lointain "à ramoner la cheminée de haut en bas.") Ah ! les voici, cette fois, ils ne m'échapperont pas.

   Une petite et une grosse voix crient alternativement : à ramoner la cheminée de haut en bas, et se rapprochent insensiblement. Les ramoneurs paraissent en criant toujours. Ils s'approchent.

LA  BARONNE, aux ramoneurs. - Par ici ! De de côté !


LE  PETIT. - Qu'est-che qu'il y a pour votre service ?

LA  BARONNE. - Toutes les cheminées de ma maison à ramoner ; combien vas-tu me prendre par cheminée ?

LE  PETIT. -  Nous prendrons quinze chous, ma brave dame.

LA  BARONNE. - Quinze sous ! mais c'est exorbitant, c'est une horreur.

LE  PETIT. - Madame, c'est le prix ordinaire et nous ne pouvons pas ramoner moins de quinze chous.


SCÈNE  II

LE  BARON. -  Mais quelle est cette discussion qui me casse la tête finisse. Que te veut ce petit polisson ?
 

LA  BARONNE.. - Ce sont des ramoneurs avec lesquels je traite pour ramoner nos cheminées, mais ils me font un prix que je ne puis accepter.


LE  BARON. - Mais je te dis que nos cheminées n'ont pas besoin d'être nettoyées, elles l'ont été il n'y a pas six mois.

LA  BARONNE. - C'est égal, je crains le feu, et je veux que cela se fasse.

LE  BARON
. - Et moi, je ne veux pas, corbleu ! je crois que je dois être le maître chez moi.

     Le baron sort.


SCÈNE  III


LE  PETIT, à son père. - Ma foi, père, partons, la baronne veut faire ramoner ses cheminées mais elle est contrariée par le baron.
       
Ils s'en vont en chantant :

C'est madame la baronne
   Qui veut que l'on ramone ;
            Mais son mari ne veut pas. (bis.)

     Ils continuent à chanter : à ramoner la cheminée de haut en bas.

LA  BARONNE, toujours à son balcon
. -  Ces ramoneurs sont d'une insolence sans exemple ; mais c'est égal, en dépit de mon mari je veux que nos cheminées soient appropriées. (Appelant.) Petits ramoneurs, venez, vous aurez vos quinze sous.

     Les ramoneurs reviennent et rentrent dans la maison de la baronne.

LA  BARONNE, toujours sur son balcon et parlant aux ramoneurs qui sont à l'intérieur. - Je vous recommande surtout la chansonnette, lorsque vous serez au haut de la cheminée.

     Elle rentre.


LE  PETIT, dans la maison. - C'est bien, vous serez contente de nous.

    On entend racler le ramoneur en montant dans la cheminée ; arrivé en haut, l'on fait paraître la petite figure fixée après la maison, alors on la fait mouvoir en chantant :

         
Ni cot Janette,
          La fortune au bas la rinette ;
          Ni cot Janette
          La fortune au xi.
         
Nani, ma maye
         
Laissez travailla la rinette
         
Tout le long de la route,
         
Laissez travailla.
         
La marmotte a mal au pied,
         
Faut lui mettre un emplâtre
         
Quel emplâtre lui mettrons-nous ?
         
Un emplâtre de plâtre,
         
Aveque mi, aveque ma,
         
Aveque ma marmotte en vie.


          Quand je partis de mon pays,
         
Pas plus haut qu'une botte,
         
Mon père il me donna cinq sous,
         
Ma mère une culotte,
         
Aveque mi, avec ma,
         
Aveque ma marmotte
         
Je quittais la montagne,
         
Pour aller à Paris,
         
De Paris à Versailles,
         
De Versailles à mon pays ;
         
Je rencontre la marmotte
         
Et la marmotte en vie.
         
Y a la Catharina, y'a la Mariana,
         
Y la compère Simona.
         
C'est madame la baronne
         
Qui veut que l'on ramone ;
         
Mais son mari ne veut pas. (bis.)


LA  BARONNE, sortant sur son balcon. - Je suis indignée de l'insolence de ce petit drôle, mais je lui réserve une correction à ma mode.

     Elle rentre. On entend redescendre le ramoneur.

     La baronne apparaît sur le balcon, elle tient à sa main un pot de nuit sur lequel est attaché un fil de laiton que l'on a eu la précaution de passer dans le chapeau du ramoneur.

LA  BARONNE. - Je les attends, ils n'ont qu'à recommencer leurs insolences.

LES  RAMONEURS sortent, le vieux en avant. - Adieu madame, à une autre fois, n'est-ce pas, si vous avez été contente ?

LE  PETIT.

          Adieu, madame la baronne (en chantant)
         
Qui veut que l'on ramone
          Mais son mari ne veut pas. (bis)

LA  BARONNE
. - Ah ! petit maraud, tu ne te lasseras pas de m'insulter.

     En disant ces mots, l'on tire le fil qui est passé dans le chapeau du petit savoyard, cela fait échapper le pot des mains de la baronne et le fixe sur le chapeau du savoyard. Aussitôt, il s'écrie qu'il le gardera, comme une coiffure.

     Ils s'en vont, l'un chantant "à ramoner la cheminée" ; et l'autre c'est madame la baronne, etc.


On baisse le rideau.

FIN

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