THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

PILE DE POCHE ATOMIQUE

 

I. - Personnages.

Deux aides de laboratoire (blouses calottes, lunettes).



II. - Matériel.

1. Une boîte à conserves vide dans laquelle on aura fait tenir une bougie ne dépassant pas les bords supérieurs, mais assez haute toutefois pour que la flamme soit au-dessus de ces bords.

2. Une ficelle mince mais solide.

3. Une ficelle rendue rigide par imbibition de cire ou de bougie fondue.

4. Un couteau modelé avec de la cire.

5. Une cuiller fabriquée de la même façon.

6. Une assiette ou un plat.

7. Un ballon d'enfant, gonflé à air, de même diamètre que l'assiette.

8. Un ballon d'enfant gonflé à l'hydrogène ou au gaz d'éclairage (l'hélium étant non explosif, on préférera ce dernier - note du webmestre), autant possible de même diamètre que l'assiette.


III. - Conseils divers.

Toute la scène est basée sur la propriété pour la flamme de la bougie d'être invisible à l'écran, la lumière du réflecteur étant plus intense que celle de la flamme.

Les deux aides n'ont donc qu'à suivre la conférence, dont le texte est donné ci-après, qui peut être lue au micro (si la salle est sonorisée) par un speaker invisible ou présentée par un conférencier qui prendra place sur la scène, assis à une table où trôneront la carafe et le verre d'eau traditionnels.

Lorsque le conférencier annoncera que l'appareil est capable de désintégrer la ficelle, ils poseront la pile entre eux deux, disposeront la ficelle tendue derrière la flamme en veillant passer bien au-dessus de la boîte pour que le public s'assure bien qu'il n'y a eu aucun contact entre la « pile » et la ficelle « désintégrée ».

Ils présenteront la ficelle, rendue rigide comme un fil de cuivre, le couteau et la cuiller en cire comme de véritables ustensiles de cuisine.

Lorsque le conférencier annoncera que la « pile » est capable de ralentir la chute d'un corps, les aides présenteront le ballon gonflé à l'air qui tombera « au ralenti ». Ils devront le pousser d'un côté sur l'autre par quelques chiquenaudes pour montrer que ce ralenti n'est pas dû à un jeu de ficelles.

Lorsque le conférencier annoncera que, sous l'effet surmultiplié des rayons, l'assiette va échapper à la pesanteur, ils n'auront qu'à substituer au ballon gonflé à l'air celui qui est gonflé à l'hydrogène ou au gaz. (Ces ballons se trouvent très facilement à l'heure actuelle).


(Tous droits réservés).

 

DISCOURS À PRONONCER

 

Mesdames ! Mesdemoiselles ! Messieurs !... Vous n'êtes pas sans avoir suivi de près les nombreux articles de journaux ou de revues scientifiques relatifs à la désintégration de l'uranium, phénomène qui a permis la construction de ces bombes terriblement destructrices qu'on appelle « bombes atomiques » en même temps que certains engins capables de produire, à partir de quelques grammes d'uranium, des quantités de chaleur incommensurables.

Vous savez tous aussi que si la France n'est pas en tête du progrès dans ce domaine, il n'en est pas moins vrai qu'elle s'enorgueillit toutefois d'une pile assez mystérieuse, spirituellement nommée Zoé, mais dont l'importance et l'intérêt ne nous ont pas encore été révélés.


Nous avons aujourd'hui le privilège rare de présenter au public de X... (citer la ville où se déroule la représentation) une pile qui, pour n'être pas de si importantes dimensions que Zoé, n'en présente pas moins des propriétés extraordinaires. Cet engin redoutable se présente sous la forme tout à fait simple d'un cylindre droit ; on la prendrait au premier abord pour une vulgaire boîte à conserve. Mais ne vous y fions pas ; si le fond et les côtés de cette pile recouverts d'un métal captant les radiations sont tout à fait inoffensifs, le dessus, par contre, émet sans discontinuer un rayon radioactif qu'on pourrait qualifier sans exagération de terriblement destructeur. Vous allez en avoir une preuve : les deux aides de laboratoire que vous voyez sur l'écran tiennent les bouts d'une simple ficelle, assez solide toutefois pour ne pas être rompue par une simple traction. Cette ficelle passant au-dessus de notre pile, est désintégrée et coupée. Je tiens à vous faire remarquer que la ficelle n'a pas été en contact avec l'appareil. Messieurs les aides de laboratoire vont procéder à une seconde démonstration pour que chacun puisse se rendre compte qu'il n'existe aucune supercherie.

Ce pouvoir de destruction ne s'exerce d'ailleurs pas que sur la ficelle ; un fil de cuivre semblable à celui qui est employé pour l'installation des lignes téléphoniques, un fil de cuivre, dis-je, soumis à l'action du rayon destructeur subit le même sort que la ficelle.

Il n'est pas jusqu'à des objets tels que couteaux et cuillers qui soient désintégrés en quelques secondes.

Mais où le pouvoir de notre pile dépasse singulièrement celui de sa grande sœur Zoé, c'est dans le pouvoir de ralentir et même de s'opposer à la pesanteur. La pesanteur, vous le savez, est la force qui attire invinciblement tout corps lâché vers la terre. Une pomme qui se détache de l'arbre tombe à terre ; ceci est un fait contre lequel nous ne pouvions rien. Je dis bien : « nous ne pouvions » car, à l'heure actuelle, nous sommes en mesure, à l'aide de cette pile, de ralentir la chute d'un objet de façon à ce qu'il arrive au sol « en douceur », sans s'abîmer et même de le faire remonter si le besoin s'en fait sentir.

Prenons une assiette. Lâchons-là. L'assiette est irrésistiblement attirée vers le sol. Elle tombe avec une vitesse de plus en plus grande et... se brise au contact du sol.

Soumettons cette autre assiette à l'effet atténué des rayons émis par notre pile, l'assiette lâchée tombe, mais à une vitesse beaucoup moindre et vient se poser au sol, tout doucement sans aucun dégât. Nous allons répéter l'opération afin que chacun puisse se rendre compte qu'il n'y a aucun artifice et que l'assiette de démonstration est entièrement libre. D'ailleurs, Messieurs les aides propulseront l'assiette hors de sa trajectoire pendant la chute pour prouver de façon péremptoire qu'elle n'est absolument pas soutenue par un jeu de ficelles, ce qui serait d'ailleurs très facilement visible.

Soumis maintenant à l'effet surmultiplié des rayons émis par notre pile, l'assiette poussée par une force irrésistible échappe à la pesanteur et s'élève au lieu de retomber à terre.

Je vous laisse, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, à imaginer les conséquences sensationnelles de cette découverte dans tous les domaines. Il ne me reste plus qu'à vous remercier de votre aimable attention. Bonsoir Mesdames... Bonsoir Mesdemoiselles... Bonsoir Messieurs...

 

FIN

 




 
 
Créé avec Créer un site
Créer un site gratuitement