THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

LES SORCELLERIES DU MAGICIEN ALCOFRIBAS.

théâtre Séraphin 

1747-1800

Le magicien Alcofribas Rotomago en théâtre d`ombres ombres chinoises marionnettes silhouettes

http://archive.org/details/lethatredesomb00guig

Acofribas Rotomago Séraphin planche d`ombres théâtre d`ombres ombres chinoises silhouettes marionnettes
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Acofribas Rotomago Séraphin planche d`ombres théâtre d`ombres ombres chinoises silhouettes marionnettes
planche d'ombres d'Epinal -domaine public


FÉERIE EN UN ACTE, AVEC TRUCS, TRANSFORMATIONS
ET CHANGEMENTS A VUE. 

 

PERSONNAGES :

ALCOFRIBAS, vieux magicien.
CALCIUM, démon.
SATHANIEL (le diable au miroir)
LUCIE, femme de ménage d'Alcofribas

MAGNÉSIUM, démon
CAMUSOT TÊTU, petit garçon.
ROSETTE, sœur de Camusot.
La reine BAMBOULI-BAMBOULA 


 

SCÈNE  PREMIÈRE 

 

ALCOFRIBAS. - Par la baguette de coudrier de mon illustre prédécesseur, l'enchanteur Merlin, le métier de sorcier devient impossible ! Ce siècle qui voit tant de merveilles, qui a perfectionné la télégraphie et vu naître le gaz, les bateaux à vapeur et les chemins de fer, devient sceptique. La chimie à détrôné l'alchimie : ceci a tué cela ! 
     Autrefois on brûlait les sorciers ; on se contente aujourd'hui de les traduire en police correctionnelle, où ils sont bel et bien condamnés, comme un laitier qui a mis de l'eau dans sa crème, ou un épicier pris en flagrant délit de vente à faux poids. Triste, triste ! 
      Aussi, moi, le magicien Alcofribas, suis-je bien décidé à vendre mon fonds et à me retirer des affaires. Mais, avant, je veux montrer à mes incrédules contemporains qu'Alcofribas n'est pas un vulgaire charlatan ; qu'il a sous ses ordres des diables et des lutins qui lui obéissent à la baguette... à la baguette c'est le mot ! 
     Tiens, mais, je suis très-spirituel ce matin : ça me change. (Il appelle.) Holà ! mes fidèles serviteurs Magnésium, Calcium, Aluminium et Protoxyde de Manganèse, êtes-vous là ? 

LES DÉMONS, dans la coulisse. - Nous y sommes. 

ALCOFRIBAS. Bien ! Êtes-vous prêts à m'obéir ? 

LA  VOIX  DES  DÉMONS. - Tout prêts. 

ALCOFRIBAS. - Interrogez l'espace. 

LA  VOIX  DES  DÉMONS. - Nous l'interrogeons. 

ALCOFRIBAS. - Répondez l'un après l'autre. Magnésium, que vois-tu ?

LA  VOIX  DE  MAGNÉSIUM. - Où, maître ? 

ALCOFRIBAS. - En Europe. 

LA VOIX DE MAGNÉSIUM. - Beaucoup d'enfants blancs. 

ALCOFRIBAS. - Calcium, que vois-tu en Afrique ? 

LA VOIX DE CALCIUM. - Beaucoup d'enfants noirs. 

ALCOFRIBAS. - Aluminium, que vois-tu en Asie ? 

ALUMINIUM. - Beaucoup d'enfants jaunes. 

ALCOFRIBAS. - Protoxyde de Manganèse, que vois-tu en Amérique ? 

PROTOXYDE DE MANGANÈSE. - Beaucoup d'enfants de toutes couleurs. 

ALCOFRIBAS, à part. - Ah çà, ces drôles-là ne voient donc que des enfants ? (Haut.) Et que font-ils ? 

MAGNÉSIUM. - Les uns jouent. 

CALCIUM. - Les autres travaillent. 

ALUMINIUM. -  Ceux-ci mangent. 

PROTOXIDE  DE  MANGANÈSE. - Ceux-là dorment. 

ALCOFRIBAS. - Que chacun de vous s'envole dans la partie du monde que je lui ai désignée et qu'il me cueille l'enfant le plus paresseux de ce continent. Toi, Calcium, qui vas chez les Hottentots, tu me les rap- porteras dans ta hotte tantôt. 

CHŒUR. - Air : Bon voyage, monsieur Dumollet. 

LES VOIX DE MAGNÉSIUM, DE CALCIUM, D'ALUMINIUM ET DE PROTOXYDE DE MANGANÈSE. -

Bon voyage,
Partons à l'instant.
Montrons du zèle :
Partons à tire d'aile !
Bon voyage,
Partons à l'instant:
Allons chercher un paresseux enfant ! (Bis.) 

ALCOFRIBAS. - 

Bon voyage !
Partez à l'instant
A tire d'aile,
Montrez tout votre zèle.
Bon voyage !
Partez à l'instant:
Allez chercher un paresseux enfant. (Bis.

(Coup de tam-tam. On frappe sur une plaque de tôle.)

ALCOFRIBAS. - Les voilà partis. Occupons-nous de notre toilette. Je me néglige un peu. Il y a près de quatre siècles que je ne me suis regardé ; car la dernière fois que j'ai aperçu mon visage, c'était le douze octobre mille-quatre-cent-quatre-vingt-douze, le jour où le Génois Christophe Colomb découvrit l'Amérique. — Holà, Sathaniel. 

LA VOIX DE SATHANIEL. - Que voulez-vous, maître ? 

ALCOFRIBAS. - Apporte-moi ma grande glace de Venise. 

LA  VOIX  DE  SATHANIEL. - Laquelle ? 

ALCOFRIBAS. - Celle qui fait paraître beau. 
 

SCÈNE  II. 
 

ALCOFRIBAS,  LE  DIABLE  AU  MIROIR. 
 

LE  DIABLE  AU  MIROIR paraît, tenant un miroir. - La voici. 

ALCOFRIBAS. - Approche. 

     (Le diable s'approche du magicien; les traits d'Alcofribas apparaissent dans le miroir.) 

ALCOFRIBAS, se mirant dans la glace. - Tiens, tiens... Monsieur, votre serviteur... Ah ! quelle distraction ! je ne me reconnaissais pas. Il est vrai que quand on ne s'est pas regardé depuis près de quatre-cents ans

     Eh bien ! je ne suis pas changé : mon nez s'est peut-être allongé un peu; ma barbe a un peu blanchi... Oui, elle a même beaucoup blanchi, mais je suis encore très bien. Je crois que mon chapeau n'est plus à la mode. Qu'en penses-tu, Sathaniel ? 

SATHANIEL. - On croirait, maître, que vous avez un pain de sucre sur la tête. 

ALCOFRIBAS. - Le fait est qu'il est un peu pointu. J'en achèterai un autre. Mais, turlututu chapeau pointu ! Je n'ai pas le temps de m'en occuper maintenant. 
     Sathaniel, emporte celte glace, replace-la avec soin et prends-en une au citron ou à la vanille, à ton choix. 

SATHANIEL. - Merci, seigneur Alcofribas.

(Le diable au miroir disparaît. Coup de tam-tam.) 
 

SCÈNE  III. 
 

ALCOFRIBAS. - Comment emploierai-je ma journée ? ferai-je de l'or, des diamants ou des pastilles de chocolat ? (Il éternue.) Atchou !.. at... at... Atchum l Ah ça, mais je suis enrhumé du cervelet l (Il éternue.) Atchou. Sathaniel, en apportant ici cette glace, aura jeté un froid. Je me mettrai ce soir du suif chaud sur le nez. (Il éternue.) At... at... atchum ! (Il appelle.) Lucie !... ma femme de chambre... Lucie ! 

LA VOIX DE LUCIE. - Vous m'appelez, seigneur ? 

ALCOFRIBAS. - Oui, donne-moi un mouchoir de coton. Mon nez pleure comme une borne-fontaine.
 

SCÈNE  IV. 
 

ALCOFRIBAS,  LUCIE. 
 

LUCIE. - En voici un : prenez garde de le perdre.

ALCOFRIBAS. - Sois tranquille. (Il éternue.) At.. atchum ! 

LUCIE. - C'est que ça décompléterait la douzaine. 

ALCOFRIBAS. - Sois tranquille, te dis-je  :
« Quand on a tout perdu et qu'on n'a plus d'espoir,
On prend un vieux torchon pour se faire un mouchoir.» 

LUCIE. - Vous m'en direz tant ! Je ne puis cependant pas vous laisser faire tout ce qui vous plaît. 

ALCOFRIBAS. - Laisse faire, Lucie ; laisse, Lucie, faire.. Tiens, j'ai commis un calembour. 

LUCIE. - Je retourne laver ma vaisselle. 

ALCOFRIBAS. - Bien ! va laver telle que j'ai salie ce matin. 




 
 
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