THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

LA CAVERNE DES VOLEURS

par Paul EUDEL

1886, domaine public
.

http://www.cineressources.net/images/ouv_num/072.pdf

PERSONNAGES :

Barberousse,
Tartamore,
Un pèlerin.
Un officier, un soldat.



http://www.cineressources.net/images/ouv_num/072.pdf


LA  CAVERNE  DES  VOLEURS

Entrée de la Caverne dans la forêt.


SCÈNE  I


BARBEROUSSE. (Il se dirige vers la caverne près de laquelle il donne un coup de sifflet et appelle). - Tartamore !




http://www.cineressources.net/images/ouv_num/072.pdf
 

SCÈNE II

BARBEROUSSE.  TARTAMORE


     (La caverne s'ouvre et Tartamore en sort).

 

TARTAMORE. - Présent !... Quoi de nouveau, Barberousse ?

BARBEROUSSE. - Rien de fait.


TARTAMORE. - Pas une bourse aujourd'hui !...  mille bombes !... ça va mal !... ça va mal ! Barberousse.
 


http://www.cineressources.net/images/ouv_num/072.pdf


BARBEROUSSE. - Par ma moustache, si je n'en ai pas la colique !... Rien encore !... Pourtant, tu me connais ; avec moi, jamais de quartier ; bras ou jambes coupés, ventre percé ou tête tranchée !... J'en tuerai plutôt douze que d'en manquer un. C'est mon plaisir à moi : oui, mon brave Tartamore, il n'y a que cela pour me faire rire ; autrement, comme tu vois, je ne suis pas de bonne humeur.


TARTAMORE. - À la bonne heure. Ça n'empêche pas que c'est tout d' même guignolant.

BARBEROUSSE. - V'là plus d' quatre heures que je monte la garde sur la grande route et j'ai pas vu âme qui vive, Tartamore !


TARTAMORE. - Présent.

HARBEROUSSE. - Si ça continue...


TARTAMORE. - Eh bien ?...


BARBEROUSSE. - Quand la lame de mon sabre viendra à se rouiller dans son fourreau...


TARTAMORE, - Eh bien ?


BARBEROUSSE (faisant un geste menaçant). - Je veux, Tartamore, te la passer à travers le corps pour la dérouiller.


TARTAMORE. - À la bonne heure... Barberousse.


BARBEROUSSE. - Présent !


TARTAMORE. - Si ça continue.


BARBEROUSSE. - Eh bien ?

TARTAMORE. - Pour me désennuyer, d'un seul coup de mon tranche-lard, je veux, mille pipes de tabac ! faire sauter la tête du brave Barberousse.


BARBEROUSSE, - Pour peu que cela te fasse plaisir, Barberousse te le permet, tout à l'heure.


TARTAMORE. - À la bonne heure.


BARBEROUSSE. - Par ma barbe ! V'là du gibier, mon brave.


TARTAMORE. - Quoi... Où ? (Il se retourne).


BARBEROUSSE. - Et, ne vois-tu pas sur la grande route, au coin du bois, un homme ; il est seul, à pied.


TARTAMORE (Il se retourne de nouveau). - Tu as ma foi raison ; bonne fortune !


BARBEROUSSE. - Celui-là la paiera cher pour m'avoir fait attendre. Je veux du premier coup le fendre en dix !


TARTAMORE. - Laissons-le venir à portée de pistolet. Toi, Barberousse, par le flanc droit, derrière le châtaignier ; et moi, Tartamore, par le flanc gauche, derrière le rocher et tenons-nous bien cachés tous les deux.


BARBEROUSSE (Il se retourne). - Attention au commandement, de peur qu'il nous échappe.
 

TARTAMORE. - Le mot d'ordre !


BARBEROUSSE. - Au premier coup de sifflet, la bourse ou la vie...


TARTAMORE. - En avant marche ! (Ils sortent tous deux du côté opposé à la caverne).



SCÈNE  III

http://www.cineressources.net/images/ouv_num/072.pdf


LE PÉLERIN (Il vient du côté de la caverne). - Je touche enfin au terme de mon voyage et vais revoir le pays que j'ai quitté depuis si longtemps ; je n'ai plus que cette forêt à traverser pour y arriver. Quel plaisir j'éprouverai à me reposer de mes fatigues. Depuis que je suis pèlerin, j'ai erré par villes, par cités, par hameaux ; j'ai grand besoin de prendre du délassement. Il y a trente-cinq ans que je ne me suis pas arrêté ! J'ai été à Lucerne, j'ai été en Toscane, en Sicile ; j'ai été en Syrie. Enfin, j'ai visité à Jérusalem le tombeau de notre Seigneur et me voilà de retour. Je suis bien fatigué !...


     (On entend un coup de sifflet).


SCÈNE  IV


BARBEROUSSE LE PELERIN.


BARBEROUSSE. - La bourse ou la vie !...


LE PÉLERIN. - Mon doux ami, je suis plus pauvre que vous, je ne puis rien vous donner.


BARBEROUSSE. - Tu ne peux rien me donner ?... Par ma moustache ! si je n'ai pas de toi quelque chose... ou ton argent, ou ta tête, entends-tu ?


LE PÉLERIN. - Je suis un pauvre pèlerin, je ne vis que d'aumônes.


BARBEROUSSE, - Eh bien, mon pauvre pèlerin, nous allons vous faire passer le goût du pain,


LE PÉLERIN. - Croyez-moi, mon ami, ne faites pas cela : les mauvaises actions sont toujours punies de Dieu.


BARBEROUSSE. - C'est ce que nous verrons. En attendant, je vais toujours te couper la tête (Il le frappe). Hein ! qu'en dis-tu ?


LE PÉLERIN. - Ah ! Mon Dieu ! (Sa tête tombe et ensuite tout son corps du côté de la caverne).


BARBEROUSSE (Il se retourne). - Tartamore !




 
 
Créé avec Créer un site
Créer un site gratuitement