THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

SEPTIÈME TABLEAU : LE DÉSESPOIR


NARRATEUR. - La convalescence a été longue, fort longue et en attendant des jours meilleurs, le pauvre Pierrot, toujours seul, toujours épris, pour occuper sa pensée, en est réduit à arroser son jardin. Il fait pousser des fleurs merveilleuses au parfum sans égal. Colombine arrive et s'approche du buisson multicolore. Elle respire son parfum. La belle ne semble pas intéressée. Pierrot reste là, planté comme un poireau et Colombine s'en va.
 

Pierrot, l`âge d`or, chat noir, ombre chinoise, theatre d`ombres, intermède, silhouettes, marionnettes
Pierrot arrose son jardin.
http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-7163-ombre-chinoise-pierrot-arrose-son-jardin

(avec l'aimable autorisation de madame le Conservateur des musées de Châtellerault)


HUITIÈME TABLEAU : LA FIN

NARRATEUR. - Pierrot meurt d'amour incompris, mais, en creusant sa fosse, son squelette trouve un louis d'or, et, présent posthume, il le présente à Colombine. Trop tardif miracle, Colombine se tourne vers lui, tend les bras, mais c'est pour s'emparer du beau louis d'or. Conclusion bien naturelle d'ailleurs, qui ne peut étonner que notre naïf amoureux. Et, pour conclure cette histoire, je dirai que : "La belle ne semble pas intéressée. Pierrot reste là, planté comme un poireau et Colombine s'en va."
 


fleurs, décor, ombres chinoises, theatre d`ombres, silhouettes, marionnettes, louis morin
buisson multicolore
http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-7169-ombre-chinoise-decor-vegetal-et-animal

(avec l'aimable autorisation de madame le Conservateur des musées de Châtellerault)
 

Pierrot, l`âge d`or, chat noir, ombre chinoise, theatre d`ombres, intermède, silhouettes, marionnettes
Pierrot présente le louis à Colombine.
http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-7165-ombre-chinoise-pierrot-tend-un-sou
(avec l'aimable autorisation de madame le Conservateur des musées de Châtellerault)


Colombine dansant, l`âge d`or, chat noir, ombre chinoise, theatre d`ombres, intermède, silhouettes, marionnettes
Colombine indifférente.
http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-7166-ombre-chinoise-colombine-indifferente
(avec l'aimable autorisation de madame le Conservateur des musées de Châtellerault)

 

RIDEAU
 


     Les ombres présentées ici sont celles d'origine. Elles ont permis le jeu de l'intermède au chat noir. Elles appartiennent à la ville de Châtellerault. Une autorisation spéciale a été donnée pour inclure les photos les représentant sur cette page du site.

     Concernant le texte, j'ai suivi la trame donnée par Paul Jeanne dans un ouvrage consultable sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k312026b/f38.image.r=paul%20jeanne. J'ai tenu à garder l'esprit d'origine en n'incluant aucun dialogue mais en suivant un boniment.

     Pour les phrases revenant à chaque tableau (La belle ne semble pas intéressée. Pierrot reste là, planté comme un poireau et Colombine s'en va.), je les ai senties comme la célèbre : "et les Shadoks pompaient..."


    Un site présente L'âge d'or en pantomime musicale à partir d'un dessin d'Adolphe Willette :
http://textesdetheatregratuits.wifeo.com/l-age-d-or.php
   
 
     Une énième recherche sur Gallica a permis la découverte d'un texte de Willette, intitulé l'Âge d'Or : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1229170/f8.item.r=pauvre%20pierrot%20willette.zoom

L'ÂGE D'OR

Je t'aime ! aime moi !
Tu ne veux pas ? Alors écoute la poésie,
tu me comprendras mieux :
c'est le langage des anges,
écoute...

Tu ne comprends pas ! Et bien,
je vais, à l'aide de la musique,
t’exprimer ma tendresse !
Entends-tu ?

J'ai mis dans mon violon tous mes désirs,
tous mes tourments,
tout mon amour,
toute mon âme, quoi !
Les oiseaux m'écoutent,
m'entends-tu, toi ?

Tu ne m'entends pas !
Tu ignores peut-être que tu es belle,
je vais te l'apprendre
avec l'aide de mes plus riches couleurs.

Mais non, tu ne vois pa s mes souffrances,
je ne puis faire le chef d’œuvre qui est Toi...
Tu n'es qu'une statue, je vais t'épousseter,
méchante femme !...
Tiens, l'insulte te laisse insensible aussi ;
au moins, prends pitié de moi,
car je vais mourir à cause de toi...

Tu t'en moques pas mal,
alors bonsoir, la belle,
je vais aller planter des choux
et gagner de l'or pour te posséder,
car je vois qu'il n'y a que l'or
qui puisse t'animer, belle statue !
     L'Âge d'or a été également écrit pour une symphonie pantomime pour piano à quatre mains par Claudius Blanc et Léopold Dauphin d'après le dessin d'Adolphe Willette :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90755683/f1.item.r=l'%C3%A2ge%20d'or%20symphonie%20pantomime.zoom

L'âge d'or

symphonie pantomime pour piano à 4 mains

par Claudius Blanc et Léopold Dauphin

d'après un dessin d'Adolphe Willette

 

PREMIER CAHIER

I. PRÉLUDE-GAVOTTE

II. ANDANTINO : Pierrot amoureux

III. MAZURKA : Pierrot musicien

IV. ANDANTINO : Pierrot poète

V. INTERLUDE : Pierrot peintre

DEUXIÈME CAHIER

VI. SCHERZO : Pierrot furieux

VII. MARCHE-FUNÈBRE : Pierrot désespéré

VIII. PASTORALE : Pierrot jardinier

IX. CARILLON NUPTIAL : Heureux Pierrot

 

I. PRÉLUDE-GAVOTTE

     À travers des bosquets fleuris, sous les clartés lunaires, des Gilles et des Pierrettes, comme en un exquis Watteau, évoluent, avec des mines furtives et lentes.

II. ANDANTINO : Pierrot amoureux

     Avec des gestes câlins pleins de douceur, Pierrot mime sa passion naissante. Il s'avance doucement vers Pierrette et, timide, lui raconte son cœur. Pierrette lui tourne le dos et reste impassible.Pierrot tend les bras vers elle et supplie avec force ; il tombe à ses genoux et baise tendrement le bas de sa jupe.

III. MAZURKA : Pierrot musicien

     Pierrot, violon en main, vante à Pierrette les qualités et la beauté de l'âme de son instrument. « Pour toi, dit-il, comme un tzigane, j'en jouerai véhémentement, si tu veux, et je te charmerai.
- Me charmer !... répond Pierrette, que nenni ! Fais-moi plutôt danser... » Pierrot joue du violon et Pierrette de danser. Il cesse de jouer. Pierrette, presque ravie, explique à Pierrot toute la joie que lui procure la danse et le prie de recommencer.
     « Volontiers, dit-il, mais d'abord, aime-moi !...
- Non !
- Pourquoi non ?...
- Parce que !... » et, rieuse, sans en dire plus long, elle va fuir. Il la retient. Ils se querellent et, comme Pierrette va finalement lui échapper, Pierrot, pour la retenir, reprend son violon et joue de nouveau. Au rythme de la mazurka, Pierrette cède et, dansant, tourne autour de Pierrot dont elle accepte la musique, mais refuse l'amour.

IV. ANDANTINO : Pierrot poète

     Pierrot essaie de toucher le cœur de la belle indifférente en improvisant pour elle des strophes ailées qu'il accompagne au son d'une lyre : il chante son amour. À sa voix, un vol de papillons blancs palpite sur son front inspiré ; un serpent charmé se dressé et l'écoute ; de beaux lys éclosent à ses pieds ; des branchages fleuris s'inclinent vers lui : la nature entière s'émeut, sauf Pierrette qui, indifférente, bâille et finalement s'endort sur un banc de gazon. Pierrot, désolé d'une aussi cruelle insensibilité, mouille de larmes les cordes de sa lyre.

V. INTERLUDE : Pierrot peintre

     Pierrette, modèle ironiquement remuant et insaisissable, va, vient, sautille, court et danse autour du chevalet, et c'est en vain que, désespéré, Pierrot veut fixer sur sa toile l'image de la chère et cruelle indifférente.

 

DEUXIÈME CAHIER

VI. SCHERZO : Pierrot furieux

     Pierrot, furieux, s'arme d'un plumeau pour en battre coups de manche Pierrette. Il la menace. En colère, il tape du pied, puis, avec insistance, la presse de céder et cherche à l'enlacer, mais, tenace dans son refus, Pierrette lui échappe. Fureur de Pierrot ; il la poursuit, la suppliant et la menaçant tour à tour, tandis que Pierrette, moqueuse et habite à éviter les coups, court devant lui.
     « Rends-toi !
- Non !... »
     Il la bat à coups redoublés. Pierrette se prend à pleurer et Pierrot aussitôt de s'attendrir. Maintenant pour se faire pardonner ses brutalités, il la caresse avec les plumes de son plumeau ; il veut essuyer ses larmes :
     « Prends pitié, chère... pardonne-moi... aime-moi !
- Non, non, non !
- Ah ! C'est ainsi ?... tiens ! Tiens ! »
     Et les coups de pleuvoir à nouveau... dans le vide, autour de la maligne et fugace Pierrette.
     « Cesse de me désespérer ! » et il tend, suppliant, les bras vers elle. Elle éclate de rire et, rapide, s'enfuit. Il la poursuit et veut la battre encore.Mais épuisé par l'effort, Pierrot tombe anéanti sur le banc de gazon.
 




 
 
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