THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

LE SECRET DU MANIFESTANT

DRAME EXPRESS EN CINQ ACTES

texte de Jacques Ferny,
ombres de Fernand Fau

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61392920.r=le%20secret%20du%20manifestant?rk=21459;2

(Toutes les illustrations sont tirées de l'ouvrage -références Gallica ci-dessus)

domaine public

ACTE PREMIER

(Écran blanc.)
(Piano : pour ouverture, une marche militaire).


Mesdames et Messieurs, ce décor symbolique
Représente le sol d'une place publique,
Je vous en avertis ! D'abord, c'est mon devoir ;
Puis, vous pourriez ne pas vous en apercevoir !...

Des brigades d'agents passent en sens inverse,

Nombreuses. Il en pleut... Il en pleut même à verse.

Si vous voulez savoir leur occupation,
Ces agents cherchent la manifestation ;

Car, ce jour même, des grévistes en font une
Pour réclamer aux gouvernants de la fortune.

Donc, ils la cherchent, mais ils ne la trouvent pas.
À qui croirait devoir s'étonner de ce cas,
Je ferai remarquer, sans aucune malice,
Qu'en somme, ces agents sont tous de la police.

Un passant qui passait, de ce pas compassé
Dont passe un passant pas pressé d'être passé,

Les aperçoit, s'arrête, et soudain manifeste,
En élevant les bras vers la voûte céleste...
Sa surprise de voir si nombreux en ce lieu,
Des gens ceinturonnés de cuir par le milieu !

Un officier de paix, stupéfait d'une telle
Manifestation, dit : « Sûrement, c'est elle !
Comment ! nous la trouvons en une heure de temps ?
Pourtant nous la cherchions !... Nous sommes épatants !
La police à Paris ignore la défaite !...
Je ne vois que Rachel Boyer d'aussi bien faite !

« Brigadier Cassepif !... Allons, là, vieux lutteur,
Fais-moi vite coffrer cet affreux malfaiteur ! »

Et Cassepif, ravi de ce coup de fortune,
Prend sept agents, malins et forts... comme la lune,

Et fait empoigner l'homme avec tout le respect
De règle en pareil cas, plus quelque chose avec.

 

ACTE II

(Écran blanc assombri très légèrement).

Ce décor représente un endroit des plus sombres.
C'est parce qu'il s'agit de vous montrer des ombres,
Mesdames et Messieurs, qu'il demeure éclairé,
Et non point parce que le gazier s'est fourré
Dedans ; vous ne pourriez rien voir sans la lumière
Dont une ombre est nécessairement coutumière !

Or, voici qu'un agent, trouvant le lieu tentant,
D'un ton poli — d'agent — dit au manifestant :
« Bougre de saligaud ! Espèce de canaille !
Tu n'es pas pour ma botte une mince trouvaille !
Tout justement, mon vieux, je passe un examen
D'écrabouillement des passants après-demain.
Je vais pouvoir sur toi repasser mes matières ! »
Il les repasse, ainsi que s'il cassait des pierres.

     (Il lui donne des coups de pied dans le derrière ; le manifestant continue à fumer, sans paraître s'en apercevoir.)

Et le manifestant, voyez, reste aussi froid,
Ma foi, que si son c... dos était celui du roi !

Où prend-il ce sang-froid ? Où le prend-il ?...
Mystère ! Oh ! moi, je le sais, mais je dois encor me taire.
Je lis le feuilleton du Temps chaque lundi ;
Puis, Sardou, Dennery, Valabrègue m'ont dit :
« De toute comédie ou drame en plus d'un acte
Gardez jusqu'au dernier, Monsieur, l'énigme intacte !
Vous tenez en haleine.ainsi les spectateurs,
Et vous les empêchez d'aller dormir ailleurs !

 

ACTE III

Le commissariat. — Un banc. Un secrétaire.
Une table. Une chaise. Un pot. Un commissaire. —

Ils entrent. Aussitôt Cassepif, enchanté
D'exposer une fois de plus la vérité,
Dit qu'il amène un assassin. Le commissaire
S'écrie : « Un assassin ! C'est extraordinaire !
Je vois un assassin ! Vraiment, j'en suis baba !
Pour me remettre un peu qu'on le passe à tabac ! »

Alors, pour le passer à tabac, on l'entraîne
Dans la pièce à côté, vu que le tabac gène




 
 
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