THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

PERRETTE AU POT AU LAIT

Paul EUDEL

« Les ombres chinoises de mon père »

domaine public


http://www.cineressources.net/images/ouv_num/072.pdf

PERSONNAGES :

Perrette. — Marguerite. — Une vache.



Le village de Perrette.

PERRETTE  AU  POT  AU  LAIT

SCÈNE  I



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MARGUERITE. - (Elle revient du village un bâton à la main). Mais mon Dieu ! mais mon Dieu ! quelle chaleur !... Je suis toute à la nage !... aussi, j'ai tant marché ! j'ai tant cherché !.. ah ! je n'en puis plus de fatigue ! et je n'ai pas retrouvé ma vache !... Voyez cette vilaine bête, quelle idée lui a pris de courir ainsi la campagne ; et, qui s'en serait jamais douté, elle qui n'a jamais quitté la prairie et qui rentrait toute seule à la maison ; elle me venait douce comme un mouton quand je l'appelais. Ah ! mon Dieu ! l'aurais-je donc perdue pour ne plus la retrouver ?... tant de lait que j'en avais ! tant de crème ! de si bon beurre ! mon Dieu ! mon Dieu ! qui me rendra ma vache... si je n'étais pas si fatiguée, j'irais, oui, j'irais encore la chercher ! (Elle appelle). Perrette ! Perrette !.. Voyez donc si cette petite sotte répondra !
 


SCÈNE   II

PERRETTE,  MARGUERITE


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PERRETTE, venant de la maison. - Me voici.

MARGUERITE. - Allons, arrive donc !

PERRETTE. - Oui, tante Marguerite.

MARGUERITE, - Mon enfant, j'ai perdu ma vache.

PERRETTE. - Votre vache à lait ? votre belle vache noire ?

MARGUERITE. - Oui, ma chère Perrette ; va vite la chercher.

PERRETTE. - J'y cours, tante Marguerite. (Elle se dispose à sortir).

MARGUERITE. - Perrette ! Perrette ! mais voyez donc, elle part comme une étourdie, sans savoir où aller.

PERRETTE. - Plaît-il tante Marguerite !

MARGUERITE. - Écoute-moi bien ; tu iras du côté de la pâture, puis sur le chemin vert ; et enfin le long de la rivière. Si tu cherches bien, si tu la trouves...

PERRETTE. - Que me donnerez-vous ?


MARGUERITE. - Si tu la trouves, je te donnerai un pot de lait.

PERRETTE. - Avec sa crème ?

MARGUERITE. - Oui, avec sa crème.

PERRETTE. - Et vous me permettrez d'aller le vendre à la ville pour en avoir l'argent ?

MARGUERITE. - Tu en feras ce que tu voudras. Mais va donc ; comment tu n'as pas encore ramené ma vache ?

PERRETTE. - Je ne suis pas encore partie, puisque vous me retenez.

MARGUERITE. - Cours bien vite.

PERRETTE. - Tant que j'aurai des jambes. Un pot de lait avec sa crème !... Mon Dieu que j' vas devenir riche !


SCÈNE  III


MARGUERITE. - En l'attendant, je m'en vais m'asseoir vis-à-vis de la porte avec mon rouet ; cela me délassera et je verrai, tout filant, revenir de plus loin ma vache. (Elle rentre. Elle revient avec son rouet).

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     Qu'elle est heureuse de pouvoir courir encore ! moi qui ne peux plus faire quatre pas sans me reposer. (Elle chante).


1er couplet

Pauvre tante Marguerite,
Votre jeunesse est passée.
Jadis, vous alliez plus vite,
Jamais vous n'étiez lassée.

Fuseau légers, tournez,

Tournez, tournez encore,
Fuseau légers, tournez.

Tournez encore un moment.

2ème couplet,

À la fête du village,
Quand j'étais sur mes quinze ans,
Pour danser sous le feuillage,

Je ne manquais pas d'amants.

Fuseaux légers, etc.

3ème couplet,

Pauvre tante Marguerite,
Il n'est plus cet heureux temps.
Toux, gravelée et pituite
Accablent tes soixante ans.

Fuseaux légers, etc.


     Ah ! miséricorde divine ! mes yeux ne me trompent-ils pas ?... oui...oui, c'est bien elle. C'est bien ma vache... Si je l'avais perdue, je crois que j'en serais morte de chagrin, pourvu que je ne meure pas de joie de l'avoir retrouvée. (Elle rentre son rouet).


SCÈNE  IV

PERRETTE, traînant une vache. MARGUERITE, se tenant sans son rouet.
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PERRETTE. - Hue ! hue donc !... Je l'ai retrouvée, tante Marguerite ! mais comme j'ai couru !. - Ah ! je vous assure que j'ai bien gagné un pot de lait pour la peine.

MARGUERITE. -Tu l'auras, mon entant, tu l'auras. Mais dis-moi ; où donc était-elle ?

PERRETTE. - Elle était... Un pot de lait avec sa crème, dame !...

MARGUERITE. - Tu l'auras ; je vais te le donner ; mais dis-moi donc où tu l'as trouvée ?

PERRETTE. - Elle était près du gros chêne vert.


MARGUERITE. - Là, voyez-vous ?... Allons je vais te donner ton pot de lait.

PERRETTE. - Je choisirai, tante Marguerite.


MARGUERITE. - Tu prendras celui que tu voudras.

PERRETTE. - J'irai le vendre au marché ?

MARGUERITE. - Comme tu voudras. Allons, entre ma vache. (Elles entrent toutes deux).


SCÈNE  V


PERRETTE, revenant avec son pot au lait. - Mon Dieu que je suis contente !... que je suis contente !... ma tante avait bien de la peine à me le donner, ce pot au lait. Enfin, le voilà sur ma tête, bien posé sur un coussinet Nous allons maintenant le porter à la ville... combien vais-je le vendre ?... Oh ! je n'en suis pas gênée... Je saurai bien leur dire à ces belles dames que le lait est cher maintenant ; qu'on ne trouve rien à donner aux bêtes.

     Oh ! oh ! je n'entends pas donner mon lait pour rien ! 

     Et qu'est-ce que je ferai de tout cet argent là, mon Dieu ?... là...

     J'achèterai un cent d’œufs ; j'aurai dans l'année, trois couvées qu'il me sera bien facile d'élever autour de la maison ; je les engraisserai, puis, je les vendrai ; le renard sera bien habile, s'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s'engraisser coûtera peu de son. Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable. Le revendant, j'aurai de l'argent bel et bon. Et qui m'empêchera de mettre dans notre étable, pour son prix, une vache et son veau et de petits agneaux que je verrai sauter au milieu du troupeau. (Elle saute et casse son pot).

     Ah ! mon Dieu ! mon pot est cassé !... mon lait est renversé !... Ah ! qu'ai-je fait ?... adieu, ma vache, mon cochon, ma couvée et mes moutons, et mes agneaux.. Ah ! mon Dieu, j'ai tout perdu, mon pot est cassé !


RIDEAU


LA  LAITIÈRE  ET  LE  POT  AU  LAIT

Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple, et souliers plats.
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l'argent,
Achetait un cent d'oeufs, faisait triple couvée ;
La chose allait à bien par son soin diligent.

Il m'est, disait-elle, facile,
D'élever des poulets autour de ma maison :
Le Renard sera bien habile,
S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ;
Il était quand je l'eus de grosseur raisonnable :
J'aurai le revendant de l'argent bel et bon.

Et qui m'empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?
Perrette là-dessus saute aussi, transportée.
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La dame de ces biens, quittant d'un oeil marri

Sa fortune ainsi répandue,
Va s'excuser à son mari
En grand danger d'être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l'appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?

Chacun songe en veillant, il n'est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi ;

On m'élit roi, mon peuple m'aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant
 
 
Jean de LA FONTAINE

LA LAITIÈRE ET LE SEAU DE LAIT


     La fille d'un fermier était allée traire les vaches et revenait à la laiterie, son seau plein de lait sur la tête. Tout en marchant, elle se mit à rêver de cette façon : « Le lait qui est dans ce seau me donnera de la crème : j'en ferai du beurre et j'irai le vendre au marché.
     Avec l'argent, j'achèterai beaucoup d'œufs, qui, une fois couvés, produiront des poussins, et je suis sûre, sous peu, d'avoir une grande basse-cour. Je vendrai alors une partie de ma volaille et, avec l'argent que cela me rapportera, je m'achèterai une robe neuve que je mettrai pour aller à la foire : et tous les jeunes gens m'admireront, s'approcheront et me feront la cour ; et moi, je secouerai la tête en refusant de leur répondre un mot. » Et sans penser à son seau, joignant l'action à la parole, la laitière secoua la tête.
     Le seau tomba à terre, tout le lait fut répandu, et tous les beaux châteaux en Espagne s'évanouirent en un moment.
     Ne comptez pas vos poulets avant qu'ils soient éclos.

ÉSOPE


 
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