THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

SCÈNE IV
 

LE PRINCE PATHOS, seul. - C'était le chou ! Ma fiancée était le chou ! Milan ! C'est bien ça ! Le chou de Milan ! S'il m'avait dit de Bruxelles, j'aurais deviné plus vite ! Mais, enfin, c'est égal ! Maintenant, je suis renseigné. Il serait peut-être adroit de ne pas me décider trop vite, parce qu'alors on rognerait la dot en voyant mon empressement ! J'ai deux jours de bon, je vais me faire désirer. (Musique). Cette musique m'annonce probablement la visite de mon futur beau-père. Nous allons le sonder...


SCÈNE V

LE PRINCE PATHOS, BÉTA


BÉTA. - Eh bien ! prince, êtes-vous remis de toutes vos fatigues ? Avez-vous bien dormi ?

LE PRINCE PATHOS. - Oui, Sire !

BÉTA. - Vous avez sans doute rêvé à notre fille bien-aimée ?

LE PRINCE PATHOS. - Je dois vous avouer, en toute sincérité, que je n'ai pas pensé à elle, pour cette bonne raison que je ne l'ai point vue.

BÉTA. - Elle était là, pourtant ; vous auriez dû deviner.

LE PRINCE PATHOS. - Il faut convenir, sire, que votre idée est singulière. Je ne puis pourtant pas épouser votre fille sans la connaître !

BÉTA. - Et pourquoi donc, s'il vous plaît ? Sa renommée... la mienne...

LE PRINCE PATHOS. - Sans doute mais la mienne aussi mérite bien quelques égards.

BÉTA. - Voyons ! Voyons ! ne soyez pas si fier ! J'ai pris mes renseignements. Vous avez des dettes, je le sais ; c'est pour cela que vous vous êtes décidé à prendre femme, sans quoi vous feriez encore la noce !

LE PRINCE PATHOS. - Sire ! Vous m'insultez ! La noce... !

BÉTA. - La noce ! oui, la noce ! Est-ce que vous croyez que je ne connais pas la jeunesse d'aujourd'hui ? Par exemple ! Faut-il que vous soyez cruche ! (Le prince Pathos se change en cruche). Allons bon ! une gaffe encore ! Cette fois, comment vais-je me tirer de là ? Suis-je assez maladroit ! Appelons mon astrologue ! Remplumé ! Remplumé !

 

SCÈNE VI

BÉTA, REMPLUMÉ


REMPLUMÉ. - Que désire mon gracieux souverain ?

BÉTA. - Ah oui ! Il est gracieux, ton souverain ! Regarde cette cruche : voilà mon futur gendre !

REMPLUMÉ. - Cette fois, c'est plus qu'une gaffe, c'est un grand malheur ! Comment pourrons-nous le réparer ? Et nous n'avons plus que deux jours. Vous l'avez donc appelé cruche ?

BÉTA. - Est-ce que je sais ? J'étais en colère ! Je donnerais bien je ne sais quoi pour le décrucher. (Le prince revient à sa forme primitive). Tiens ! Il paraît que ce mot-là est français ! Du moins, il mérite de l'être. Laisse-nous ; Remplumé, je vais réparer tout !

REMPLUMÉ. - Prenez garde, Sire ! (Il sort).



SCÈNE VII

BÉTA, LE PRINCE PATHOS


BÉTA. - J'ai été trop vif ! Excusez-moi ; mais je suis d'un nerveux ! Continuons notre entretien. Vous disiez que vous voulez voir ma fille, c'est juste ! Il ne tient qu'à vous.

LE PRINCE PATHOS. - Oh ! alors nous allons nous entendre.

BÉTA. - Je vais l'appeler ici, elle viendra.

LE PRINCE PATHOS. - Dans son déguisement ?

BÉTA. - Sans doute ! D'après nos lois, elle ne peut le quitter que demain soir, à minuit, à moins que vous ne demandiez sa main auparavant.

LE PRINCE PATHOS. - Mais, pour demander sa main, il faut que je la voie.

BÉTA. - Mais puisque je vous dis qu'elle est jolie.

LE PRINCE PATHOS. - Je vous crois bien, mais je veux voir.

BÉTA. - Vous n'avez donc pas confiance en moi ?

LE PRINCE PATHOS. - Si ! Mais vous ne croyez donc pas à ma parole ? Quelle me montre sa jolie figure, et je l'épouse !

BÉTA. - Mais je vous ai dit que c'était impossible ! Ah ! Tenez ! vous me faites perdre la tête. (La tête de Béta tombe par terre).

LE PRINCE PATHOS. - Ô Ciel ! le roi Béta a perdu la tête ! Au secours ! au secours !

BÉTA. - Taisez-vous donc et mettez ma tête sur la table ! vous allez marcher dessus. (Le prince Pathos met la tête sur la table).


SCÈNE VIII

LES MÊMES, BÉTINETTE

 

BÉTINETTE. - On a crié : « Au secours ! » Qu'y a-t il ? Ciel ! mon père sans corps.

BÉTA. - Voyez, prince, ce que vous avez fait ! Mais d'un mot vous pouvez tout réparer.


LE PRINCE PATHOS. - Oui ! Oui ! Que faut-il faire ? Dites !

BÉTINETTE. - Vous craignez donc bien d'être déçu, prince, que vous n'osez pas vous déclarer avant de m'avoir vue ! Mon nom aurait dû pourtant vous décider : Bétinette ! c'est-à-dire une petite femme ignorante, mais dévouée pas coquette, douce et fidèle. N'est-ce pas plus sûr qu'une femme ambitieuse, savante et indépendante. Et puis, à mon âge, la beauté du diable pourrait vous suffire, si, par hasard, je n'avais pas l'autre.

LE PRINCE PATHOS, à part. - Tiens mais elle n'est pas bête du tout.

BÉTINETTE. - Qu'avez-vous à répondre ?

LE PRINCE PATHOS. - Que votre beauté réelle m'est révélée par votre langage et que je serais heureux d'être votre mari et de pouvoir vous appeler mon chou !

BÉTA. - Ah ! sauvé, mon Dieu ! Je sens maintenant ma tête sur mes épaules. (La tête regagne le corps). Mon gendre, je vous donne ma fille. (Le chou disparaît, et l'on voit à la place la jolie figure de Bétinette). Et, pour que vous soyez heureux plus tôt, nous allons célébrer de suite les fiançailles. Que la fête commence !


BALLET

APOTHÉOSE - FLAMMES DE BENGALE

 

RIDEAU

 


LE MARIAGE DE BÉTINETTE

 

MISE EN SCÈNE

 

ACTE PREMIER

 

Béta est posé sur son trône, à droite. Un autre trône est placé à gauche, et devant ce trône se dresse le télescope.

 

SCÈNE I

 

Remplumé est tenu de la main gauche ; de la droite, on fait mouvoir Béta.

Le Diable arrive de la gauche, et sort du même côté avec Remplumé.

 

SCÈNE II

 

Au mot de Béta : J'ai la tête à l'envers, on soulève la baguette qui tient la tête de Béta, et on la renverse.

 

SCÈNE III

 

Bécasse et Bétinette entrent par la gauche, Bétasse en avant.

Elles glissent dans la rainure.

Au mot dé Béta : Est-ce que vous croyez que je me monte le coup ? Lever la baguette de la tête de Béta et l'appuyer sur la planchette de la base du trône. La tête doit rester à l'envers.

Quand Bétasse dit : Nous vous laissons bien affligées, elle se détourne et s'approche de Bétinette ; Bétinette se détourne alors. Pour les détourner, on les sort de la rainure, et on les tient des deux mains. Elles sortent à gauche.

 

SCÈNE IV

 

Au mot de » Béta : Je sais me retourner, retourner la tête de Béta, mais sans baisser la baguette. Et quant il dit : Il me donnerait un coup d'épaule ! Faire redescendre le cou.

 

SCÈNE V

 

Remplumé rentre par la gauche -on le tient à la main. Quand il dit : Je vais voir dans la lunette si la fée a entendu notre phrase, il se détourne et s'approche de l'oculaire de la lunette ; puis, après sa tirade, il se détourne et s'approche de l'oculaire de la lunette ; puis, après sa tirade, il se détourne.

Quand Remplumé dit : Voici la lunette, Sire ! On fait, de la main qui ne tient pas Remplumé, glisser la lunette près du trône de » Béta ; il faut l'arrêter à l'endroit où la lunette développée arrive à l’œil de Béta.

Au coup de tam-tam, Remplumé remporte la lunette dans la coulisse, puis revient se placer à droite, près du trône. On le tient de la main droite.

 

SCÈNE VI

 

Pathos entre à gauche, dans la rainure.

Quand le roi Béta lui dit : Toute la cour va avoir l'honneur de défiler devant vous, Remplumé disparaît à droite, et Pathos va se placer au trône qui lui est réservé. Il s'y tient dans la rainure et semble assis.

L'ordre du défilé, qui entre par la droite, est indiqué dans la pièce. Il est bon de nommer tout haut les personnages.

Pendant ce temps, l'orchestre joue une marche.

 

ACTE SECOND

 

Le décor est le même ; on a enlevé les trônes ; à gauche se trouve une table.

 

SCÈNE I

 

Pathos, sur la rainure, près de la table ; quand il a écrit ses vers, on tire la targette de la table qui fait apparaître les quatre lignes vertes.

 

SCÈNE II

 

Remplumé entre à gauche. Quand Pathos a lu ses vers, il quitte la table et s'avance qu milieu de la scène.

 

SCÈNE III

 

En reconduisant Remplumé, qui sort à droite, Pathos se retourne et quand il dit : Je vais aller à la cuisine, il s'avance vers la gauche, et s'arrête en se plaçant au milieu de la rainure. Bétasse entre à gauche et se tient à la main. E, partant, elle se détourne et sort par la gauche.

 

SCÈNE IV

 

Au mot de Pathos : Je vais me faire désirer, musique d'entrée. Il se détourne et se place devant la table.

 

SCÈNE V

 

Béta entre par la droite, dans la rainure. Quand il dit : Faut-il que vous soyez cruche ! On élève vivement la cruche derrière Pathos. La cruche, comme on le sait, s'accroche à la tête de Pathos.

 

SCÈNE VI

 

Remplumé entre par la gauche, tenu à la main. Quand Béta dit : Je donnerais bien je ne sais quoi pour le faire décrucher, enlever la cruche par le dessous. Remplumé sort par la droite.

 

SCÈNE VII

 

Quand Béta dit : Ah ! Tenez, vous me faites perdre la tête ! Abaisser vivement avec le fil la tête de Béta et, en même temps, faites apparaître sa tête par terre, près de la table. Quand Béta dit : Vous allez marcher dessus ! Pathos feint de se baisser, et la tête, censée relevée par lui, se trouve accrochée sur la table. Pathos est plus loin.

 

SCÈNE VIII

 

Bétinette entre à droite, elle se glisse au milieu dans la rainure. Quand Béta dit : Je sens maintenant ma tête sur mes épaules, on fait disparaître la tête de la table, et en même temps, on lâche le fil qui abaissait sa tête qui se redresse.

Quand Béta dit : Mon gendre, je vous donne ma fille ! Bétinette jette un cri et feint de trouver mal. On lui enlève alors sa tête de chou, et elle se redresse avec sa figure de jeune fille. Au mot de Béta : Que la tête commence ! Musique. La table entre dans la coulisse et Béta, Pathos et Bétinette sortent.

 

BALLET

 

On place d’abord les figurants de droite et de gauche. Ensuite, entrée de la première danseuse ; entrée des deux danseurs, intermède du clown, et, enfin, l'apothéose en trois parties.

 

FIN
 


     Les ombres sont données sur : 
http://ombres-et-silhouettes.wifeo.com/betinette-ombres.php

    On pourra aborder d'autres saynètes du même auteur à partir de :
http://ombres-et-silhouettes.wifeo.com/lemercier-de-neuville.php

 
 



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