THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

L'ENTREPRENEUR DE SPECTACLES

Par Guillemain.

PIÈCE EN VAUDEVILLE POUR LES MARIONNETTES.


http://openlibrary.org/books/OL23549332M/Histoire_de_ce_spectacle_depuis_son_origine_jusqu'a_sa_disparition_1776-1870.
 

(Remise à ce théâtre, en 1858, avec quelques modifications, et jouée, en guise de prologue, pour l'Inauguration de la nouvelle Salle du boulevard Montmartre, le 8 septembre 1858).

rideaux décor en theatre d`ombres ombre chinoise silhouette marionnette

PERSONNAGES :

ARLEQUIN, Directeur,
LAMÈCHE, Allumeur,

Mademoiselle PAMÉLA, Actrice,
Madame DUPONT,
NICOLAS,
FLONFLON, poète.

SCÈNE PREMIÈRE.

ARLEQUIN, seul.

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84374221
 

ARLEQUIN. - Grâce au ciel et à mon architecte, voilà ma salle faite, et je puis maintenant l'ouvrir quand je voudrai. Il ne manque plus que des acteurs et des pièces. Quant à celles-ci, j'en aurai dès demain.... je n'ai qu'à faire un appel aux auteurs ; il y en a à Paris autant que de limonadiers, et l'on y fait aujourd'hui plus de comédies qu'il ne s'y avale de bavaroises. C’est si facile, puisqu'avec les procédés nouveaux on est toujours sûr de réussir.


Air : Ainsi jadis un grand prophète.

Tout le monde d'écrire a la rage.
Pour ce métier chacun se croit fait ;
Aussi voit-on plus d'un ouvrage
Manquer de plan et d'intérêt.
Mais grâce aux billets qu'il prodigue,
L'auteur atteint le but qu'il s'est promis,
Et si sa pièce manque d'intrigue,
L'auteur du moins ne manque pas d'amis.

     Pour les acteurs, je ne suis pas plus embarrassé, ils pullulent de tous les côtés comme des champignons, il n'y a qu'à choisir. D'ailleurs, j'ai instruit mes correspondants que je formais ma troupe, et ils ne manqueront pas de m'adresser quelques sujets. Justement, j'entends quelqu'un.


SCÈNE II

ARLEQUIN, LAMÈCHE.

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84374221

LAMÈCHE, chantant. -

Moi, j'allume (bis)
C'est grâce à moi qu'on consume...

J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur.
 

ARLEQUIN. - Bien le bonjour, monsieur. À qui ai-je l'avantage de parler ?

LAMÈCHE. - Monsieur, tel que vous me voyez, c’est moi qui fais le jour et la nuit.

ARLEQUIN. - Comment, vous faites le jour et la nuit ? Expliquez-vous, car je ne vous comprends pas.


LAMÈCHE, chantant.

Air : Un homme pour faire un tableau.

Ce que soleil est dans les cieux.
Moi, je suis pour la comédie.
En vain l'on ouvrirait d' grands yeux,
Sans moi qu' verrait-on, je vous prie ?
J'éclaire le palais des grands ;
J'éclair' la modeste chaumière :
Enfin avec mes verres blancs,
Du soleil j' remplis l' ministère.

ARLEQUIN. - Ah! je comprends ! Vous êtes, pour parler en style vulgaire, vous êtes l'allumeur.

LAMÈCHE. - Oui, monsieur, Isaac Lamèche, tout à votre service. J'ai commencé mes premières armes à la Comédie Française... Oh ! que cela allait bien alors ! C'était le bon temps, où l'on ne jouait que du classique ! Mais, un beau jour, ne s'avise-t-on pas de remplacer l'huile par le gaz hydrogène, et Racine et Corneille, par messieurs Tel et Tel... Il n'y avait plus mèche ; mais, par Agamemnon m'écriai-je...

Air : De l'homme vert.

A quoi tient donc cette manie
De vouloir innover en tout ?
A cette nouvelle folie,
Je ne pouvais pas prendre goût.
Ca m' parut d'abord une sottise ;
Mais j' vas vous dir' c' que j'ai pensé :
Dans l' romantique y a tant de bêtises.
Qu'il était bon qu' ça fût gazé.


ARLEQUIN. - Peste ! des calembours, monsieur Lamèche !

LAMÈCHE. - Excusez-moi, monsieur, c’est une faiblesse ; j'ai vu si longtemps des tragédies... Je vous disais donc que je fus obligé de quitter ma place, et j'entrai aux Funambules. Mais, voilà-t-il pas que les Funambules se donnèrent à leur tour le genre du gaz. Enfoncé derechef, et ayant entendu parler de la réouverture de votre joli petit théâtre, j'ai quitté le boulevard du Temple, et je viens vous proposer mes services et mes lumières.

ARLEQUIN. - C’est que je tiens essentiellement à ce que ma salle soit bien éclairée, à cause de mes actrices (montrant la salle) : vous la voyez.

LAMÈCHE. - J'entends votre affaire : j'ai justement apporté avec moi deux jolis quinquets à deux becs, qui, il y a trente ans, éclairaient le bal Dourlens.

ARLEQUIN. - Le bal Dourlens ? Qu'est-ce que cela ? Connais pas. Plaisantez-vous ? Que parlez-vous de quinquets ? Je veux être éclairé en bougies du Mans.

LAMÈCHE. - Oui, oui, bien et dûment.

ARLEQUIN. - Encore un calembour. De grâce, parlons sérieusement.

LAMÈCHE. - Une question. Monsieur paiera-t-il comptant ?

ARLEQUIN. - N'ayez aucune inquiétude à cet égard.

LAMÈCHE. - C'est que je m'en vais vous dire : la lune sera bientôt comme une écumoire : les directeurs de spectacles y font tant de trous ! Le charpentier et le menuisier reprennent leurs bois ; le serrurier, ses ferrailles; le maçon remporte ses moellons ; mais moi, monsieur, ma cire et mon huile sont usées par ma mèche ; ma mèche eut consumée par le feu ; le feu s'en va en fumée... Comment, diable voulez- vous que je courre après ma fumée, si vous me brûlez la politesse ?

ARLEQUIN. - Encore une fois, n'ayez point d'inquiétude.

LAMÈCHE. - Puisque monsieur payera, il peut compter sur moi. Je reviendrai demain prendre l'état de ce qu'il faudra vous fournir. Arlequin qui ne bouge pas :) Ne vous dérangez donc pas, je vous prie ; je sais le chemin. (Il sort.)


SCÈNE III.

ARLEQUIN, seul

ARLEQUIN. - Vous paierez ! vous paierez ! Ils sont singuliers, ces gens- là ! Ils ne veulent rien perdre. Hé oui, je paierai... si je fais des recettes. Autrement, votre serviteur de tout mon cœur.

 

SCÈNE IV.

ARLEQUIN, Mademoiselle PAMÉLA en poissarde.

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84374221

PAMÉLA. - Je vous salue, monsieur.

ARLEQUIN. - Bonjour, ma belle enfant.

PAMÉLA. - Vous voyez en moi un joli petit poisson,

ARLEQUIN, à part. - Voilà un singulier langage. (Haut). Vous dites que je vois en vous un petit poisson ? Je ne comprends pas trop... Expliquez-vous, ma petite chatte.

PAMÉLA. - J'entends par là que je suis bonne à toute sauce.

ARLEQUIN. - En effet, vous feriez un joli petit ragoût ! Vous êtes actrice, sans doute ?

PAMÉLA. - À votre service, mon cher directeur.

Air : Quand nous y vivions ensemble.

Oui, de mon art idolâtre,
Voilà bien déjà deux ans
Que je figure au théâtre,
Où j'eus des succès brillants.
Forte sur la pantomime.
Le coup d' sabre ne m'effraye pas;
Contre quatre homm's je m’escrime

Et sans leur céder d'un pas.
Je montre aussi du mérite

Dans ma danse et dans mon chant ;
De plus encore, on me cite
Pour le travestissement.
Bref, partout j'ai fait merveille ;
J'obtins beaucoup de succès
Dans les pièces de Corneille...
A Londres... chez les Anglais.
Enfin, dans la comédie,
Comme c’est un fait réel,
J' puis dire avec modestie
Mon talent universel.





 
 
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