THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

 

SCÈNE  III.
 

Arlequin, seul.

 

ARLEQUIN. - C'est vrai, il a sa marraine qui le fera réussir, tandis que moi je n'ai personne pour me protéger.

 

SCÈNE  IV.
 

La Fée Blanchette ; Arlequin.
 

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LA  FÉE, sortant d'un bahut. - Tu te trompes, Arlequin.
 

ARLEQUIN. - Que vois-je ?
 

LA  FÉE. - La fée Blanchette. Je suis touchée de ton amour pour Colombine, et viens à ton secours. Malheureusement je suis reçue depuis peu de temps à la cour des fées et n'ai pas autant de pouvoir que la fée Carabosse, qui en est la doyenne ; cependant j'espère t'être utile plus tard ; mais pour le moment je t'engage à ne pas quitter Pierrot un seul instant.
 

ARLEQUIN. - Je vous obéirai, madame la fée, quoique cela doive m'être peu agréable.
 

LA  FÉE. - Il le faut... Mais je l'aperçois, il va venir invoquer sa marraine ; cache-toi ; adieu, du courage !

 

SCÈNE  V.
 

Arlequin, seul.

 

ARLEQUIN. - Je ne reviens pas de ma surprise. Mais voilà Pierrot, cachons-nous, comme madame Blanchette me l'a dit.

 

SCÈNE  VI.
 

Arlequin caché, Pierrot.

 

PIERROT. - Il n'y a pas moyen de faire entendre raison à mon oncle. Ah ! s'il n'était pas si riche, comme je le laisserais là, lui, sa fille et sa perruque. Voyons, invoquons ma marraine. Puissante fée Carabosse, venez à mon secours.

 

SCÈNE  VII
 

Pierrot, la fée Carabosse.
 

(Elle descend sur un manche à balai).
 

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Carabosse
 

LA  FÉE  CARABOSSE. - Me voici, mon garçon, je sais ce dont il s'agit ; ainsi ne perdons pas de temps en paroles inutiles. La perruque de Cassandre est maintenant dans l'île des bêtes ; je te donnerai les moyens d'y pénétrer, mais ce ne sera pas sans de grandes difficultés, car le Rock est tout puissant, et il en veut mortellement à ton oncle de lui avoir enlevé son œuf.
 

PIERROT. - Oui, j'ai entendu dire que le Rock avait le cœur très dur. Mais, dites donc, marraine, j'ai peur d'être dévoré dans l'île des bêtes.
 

LA  FÉE. - J’espère que tu y seras bien reçu, mais il faut d'abord sortir d'ici ; viens te placer à côté de moi.
 

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PIERROT. - Sur votre manche à balai ?
 

LA  FÉE. - Sans doute.
 

PIERROT. - Mais, dites donc, marraine, c’est bien étroit, je vais tomber.
 

LA  FÉE. - Ne crains rien.
 

PIERROT. - Vous me donnerez la main, n'est-ce pas ?
 

LA  FÉE. - Sois tranquille.
 

     (Pierrot se place près de la fée Carabosse. Au moment où ils s'élèvent, Arlequin saisit la jambe de Pierrot et dit :)
 

ARLEQUIN. - Maintenant, je ne te quitte plus.
 

PIERROT, criant. - Aïe : Aïe ! Aïe ! Qui est-ce qui me tire la jambe comme cela ?
 

(La toile tombe).

 

ACTE  II
 

Le théâtre représente le bord de la mer.

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SCÈNE  PREMIÈRE.
 

Pierrot, Arlequin,
 

PIERROT. - Ouf ! il était temps que ma marraine me fasse prendre pied ici, car le siège sur lequel elle voyage est terriblement dur ; je suis bien fatigué.
 

ARLEQUIN. - Et moi aussi.
 

PIERROT. - Je te conseille de te plaindre, tu m'as presque brisé la jambe en t'accrochant après moi.
 

ARLEQUIN. - Il m'eût été difficile de te suivre autrement.
 

PIERROT. - Je me serais bien passé de toi, car je connais ton projet : tu espères profiter de la protection de ma marraine pour retrouver la perruque de mon oncle, mais tu n'y parviendras pas, car si la fée Carabosse n'a pu t'empêcher de me suivre jusqu'ici, je saurai bien me débarrasser de toi.
 

ARLEQUIN, à part. - C’est ce que nous verrons.
 

     (Pendant la tirade de Pierrot, il a marché de long en large et Arlequin l'a suivi pas à pas).
 

PIERRO, se retournant brusquement. - Ah ! Ah ! veux-tu me laisser tranquille ?
 

ARLEQUIN. - Mais je te laisse parfaitement tranquille.
 

PIERROT, à part. - Et dire que ma marraine m'a prévenu en route qu'elle ne pouvait t’empêcher de me suivre ! Si je pouvais, cependant, avec adresse... Essayons... Dis donc, Arlequin ?
 

ARLEQUIN. - Qu'est-ce que tu veux ?
 

PIERROT. - Je pense que, puisque tu ne veux pas me quitter, et que nous devons voyager ensemble, il vaut mieux être bons amis.
 

ARLEQUIN. - Je ne demande pas mieux.

 

PIERROT. - Faisons la paix.
 

ARLEQUIN. - Je le veux bien. (à part) Il est trop aimable, tenons-nous sur nos gardes.
 

PIERROT. - Ne trouves-tu pas que c'est charmant ici ?
 

ARLEQUIN. - Oui, c’est très joli, très joli.
 

PIERROT. - Avant de nous remettre en route, je vais aller visiter les environs. Attends-moi un instant, je reviens tout de suite.

(Il sort en courant).

 

SCÈNE  II.
 

Arlequin , seul

 

ARLEQUIN. - Ah ! tu n'es pas adroit, cher ami, tu crois pouvoir me laisser là, mais je suis plus habile que toi à la course ; tu as beau courir, je t'aurai bien vite rattrapé. (Il va pour sortir).
 

PIERROT, dans la coulisse. - Au secours ! au secours !
 

ARLEQUIN. - Mais, que vois-je ? Il est dévoré par un crocodile. Diable ! je n'ai pourtant pas envie de le suivre jusque-là.

 

SCÈNE  III.

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(Le crocodile paraît, tenant Pierrot dans sa gueule).

 

PIERROT. - Au secours ! Arlequin, sauve-moi.
 

ARLEQUIN. - Et comment veux-tu que je fasse ?
 

PIERROT. - J'étouffe, dépêche-toi.
 

ARLEQUIN. - Dépêche-toi, dépêche-toi, c’est bien aisé à dire. En vérité, il est si méchant que j'ai bien envie de laisser le crocodile le digérer tranquillement. Mais il faut être meilleur que lui ; d'ailleurs, lui seul peut me faire arriver dans l'île des Bêtes mais comment faire pour le sortir de là ?
 

PIERROT. - J'étouffe !
 

ARLEQUIN. - Tâche de sortir par où tu es entré.
 

PIERROT. - Je ne peux pas, l'animal a les dents serrées.
 

ARLEQUIN. - Tâche de trouver une porte de derrière. Sangodémi ! c’est qu'il n'y a pas de temps à perdre. Ah ! il me vient une idée. (Il saute sur le crocodile et piétine dessus). Je vais peut-être l'étouffer tout-à-fait, mais, ma foi, je risque le tout pour le tout. (Pierrot commence à sortir). Ah ! je l'aperçois. Attends, je vais te donner la main. (Il va dans la coulisse et tire Pierrot, qui sort du crocodile extrêmement long et mince). Sangodémi ! comme il a grandi dans le corps de ce crocodile ! J'ai beau tirer, je n'en vois pas la fin. Je crois, cependant, que c’est fini, mais le malheureux n'a plus forme humaine.
 

SCÈNE  IV.

Pierrot, Arlequin .

(Pierrot reparaît sous sa forme naturelle).

 

ARLEQUIN. - Tiens ! tu n'es pas plus grand ! Ah ça, es-tu bien rajusté ?
 

PIERROT. - Je crois que oui, mais j'ai eu bien peur.
 

ARLEQUIN. - Cela t'apprendra à vouloir me quitter.
 

PIERROT. - C'est étonnant comme mon passage dans cet animal m'a creusé l’estomac, je voudrais bien pouvoir me restaurer. (Une table servie paraît). Ah ! quel bonheur !
 

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ARLEQUIN. - Oui ! c’est heureux, car j'ai bien faim aussi.
 

PIERROT. - Mais, dis donc, cette table est envoyée par ma marraine bien sûr, et je ne veux pas que tu y touches.
 

ARLEQUIN. - Gourmand, va ! Décidément, Pierrot, ça me fait de la peine pour toi, mais tu as tous les défauts... Comment ! tu refuses de me laisser partager ton repas, quand je viens de te sauver la vie !
 

PIERROT. Tiens ! il n'y en a pas trop pour moi, et je vais... (Au moment où il va manger, sa tête se retourne). Ah ! mon Dieu ! ma tête qui regarde mon dos, à présent.
 

ARLEQUIN, riant. - C'est pour te punir de ta gourmandise.
 

     (Arlequin mange).


PIERROT. - Est-ce que je vais rester comme cela ? (Sa tête se remet). À la bonne heure ! voyons, mangeons. (Sa tête se retourne). Décidément, ça commence à m'inquiéter. (Sa tête tourne très vite). Ah ! ma tête qui tourne comme une toupie, à présent. Arlequin ! mon cher Arlequin !
 

ARLEQUIN. - C'est cela, tu as recours à moi dans les moments difficiles, Et quand je t'ai tiré d'embarras, tu me maltraites ; ma foi, que ta tête tourne, si elle veut, pendant ce temps je vais finir le macaroni. (Il mange et boit). Là ! j'ai fini ; tu disais bien. Pierrot, il n'y en avait pas de trop pour une personne.
 

     (La table disparaît).


PIERROT. - Enfin, ma tête reste en place ! mais j'ai l'estomac encore plus creux qu'auparavant.


ARLEQUIN. - Tu vois bien que tu es puni de tes mauvais procédés envers moi ; mais il faut songer à sortir d'ici.

     (Un bateau paraît).


 
 



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