THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

LA PERRUQUE DE CASSANDRE

PIÈCE FÉERIE EN TROIS ACTES

par Mademoiselle Pauline Séraphin

 

Représentée sur le théâtre Séraphin, en août 1845.

  
perruque qu'on ajustera à Cassandre

PERSONNAGES  :

CASSANDRE,
ARLEQUIN,
PIERROT,
Un notaire,
COLOMBINE,
Le Rock,

La Fée Carabosse,
La Fée Blanchette,
Un Lion,
U
n Renard,
Un Perroquet,
Un singe,
Une pie.

ACTE  I.

SCÈNE  PREMIÈRE.

chambre décor en théâtre d`ombres chinoises silhouettes

Le théâtre représente une chambre rustique.

Cassandre, Arlequin, Colombine.

homme en théâtre d`ombres ombres chinoises marionnettes silhouettes
Cassandre

CASSANDRE. - Ah ! Ça ! aurez-vous bientôt fini vos jérémiades et vos lamentations, tous les deux ? En vérité, voilà des figures bien gaies pour un jour de noce.

clown en théâtre d`ombres ombres chinoises silhouettes marionnettes
Arlequin


ARLEQUIN. - Eh ! n'avons-nous pas sujet de nous désoler ?... Nous nous aimons, Colombine et moi, depuis notre enfance, et, au lieu de nous marier ensemble, vous la donnez à Pierrot, un imbécile qui a une quantité innombrable de défauts.

CASSANDRE. - Dis donc, tu arranges bien mon neveu.

ARLEQUIN. - Et moi aussi je suis votre neveu, puisque j'étais celui de votre femme. Ainsi nos droits étaient égaux ; pourquoi l'avez-vous choisi ?
 

fille femme servante en théâtre d`ombres ombres chinoises silhouettes marionnettes
Colombine

COLOMBINE. - Il a raison, pourquoi l'avez-vous choisi ?

CASSANDRE. - Voulez-vous bien vous taire, mademoiselle : en donnant la préférence à Pierrot j'ai agi dans votre intérêt, car il est le meilleur pâtissier du pays, et c’est un état avec lequel on gagnera toujours de l'argent, car on fera toujours des brioches.

ARLEQUIN. - Le fait est qu'il est très fort sur les brioches.

CASSANDRE. - Ensuite, étant le filleul de la fée Carabosse, il peut prétendre à tout.

ARLEQUIN. - Est-il heureux, ce maudit Pierrot, d'avoir une fée pour marraine !

CASSANDRE. - Tu vois bien que, franchement, je ne pouvais pas te préférer à lui, toi qui n'es qu'un pauvre garçon perruquier.

ARLEQUIN. - Je ne suis qu'un pauvre garçon perruquier, c’est vrai, mais j'ai du talent dans mon état, et puis je suis un chimiste très distingué.

CASSANDRE. - Eh bien ! à la bonne heure, tu ne te dis pas de sottises.

ARLEQUIN. - Ah ! c’est que je suis enchanté de ma nouvelle invention.

CASSANDRE. - Quelle invention ?

ARLEQUIN. - Eh bien ! ma pommade miraculeuse, qui a la vertu de faire pousser les cheveux ; je n'attends plus, pour la livrer au public, que de lui avoir trouvé un beau nom.

CASSANDRE. - Laisse-nous donc tranquilles avec ta pommade.

ARLEQUIN. - Ah ! Vous doutez de sa vertu, mon oncle, eh bien ! voulez-vous en essayer ?

CASSANDRE. - Je m'en garderai bien.

ARLEQUIN. - Je me charge de faire repousser vos cheveux, cela vaudra mieux que votre grosse vilaine perruque.

CASSANDRE. - Mais tu ne fais donc pas combien elle m’est précieuse ! Apprends qu'autrefois j'avais une très mauvaise santé, j'étais toujours malade, enfin j'étais l'homme le plus enrhumé, le plus goutteux, le plus douloureux de toute l'Italie, lorsque, le jour du baptême de Pierrot, la fée Carabosse, touchée de mes souffrances, me donna cette perruque merveilleuse. À peine l'eut-elle posée sur ma tête que tous mes maux cessèrent comme par enchantement, et depuis je n'ai pas ressenti la plus légère souffrance ; aussi ne la donnerais-je pas pour tout l'or du monde.

PIERROT, dans la coulisse. - Mon oncle ! mon oncle !

CASSANDRE. - Mais j'entends Pierrot.

 

SCÈNE  II. 
 

Les précédents, Pierrot, un notaire.

lecteur en théâtre d`ombres ombres chinoises silhouette marionnette
notaire

PIERROT. - Oui, mon oncle, c’est moi ; j’amène le notaire pour la signature du contrat. (S'approchant de Colombine). Ma jolie cousine, je viens vous exprimer le... les... enfin... je... bientôt...

ARLEQUIN. - Allons, tu n'en sortiras pas, tu ferais mieux de te taire.


Pierrot

PIERROT. - Veux-tu me laisser tranquille, vilain moricaud, de quoi te mêles -tu ?

ARLEQUIN. - Est-ce que tu crois pouvoir m’imposer silence, visage de farine ?

CASSANDRE. - Ah ! Ah ! est-ce que vous n'allez pas vous taire ! Ces deux êtres-là sont insupportables pour se quereller sans cesse, ils n'ont jamais pu se souffrir.




 
 
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