THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

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Léda par Nicolas AUBERT, libre de droits.

      Les rives de l'Eurotas, d'après le tableau de notre bon camarade le peintre Zeuxis.
     La troublante Léda, femme du roi Tyndare, se promène silencieuse sur les bords du fleuve. C'est le printemps, elle a du vague à l'âme, ce qui se traduit chez elle comme chez la plupart des personnes de son sexe d'ailleurs par le besoin urgent de tromper son malheureux mari mais dédaigneuse de l'amour des humains, elle rêve de l'amour des immortels ; elle attend l'Amant-Dieu.
 
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http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-7159-ombre-chinoise-le-serpent

(avec l'aimable autorisation de madame le Conservateur des musées de Châtellerault).

     Il arrive. Il arrive. Jupiter se présente sous la figure d'un serpent. Mais Léda n'est pas un personnage de la Bible. C'est une personne extrêmement dégoûtée. Elle ne se laisse pas séduire par l'astuce visqueuse du vil reptile. Elle n'écoute pas ses propos tentateurs et ses mensonges hypocrites. Le serpent, elle s'en moque !

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     Jupiter essaye alors de l'intimidation. Il se métamorphose en taureau. Mais Léda n'est pas Pasiphaë. Ce n'est pas une de ces personnes beaucoup trop larges d'idées qui écrivent à leur amant : « Chéri magnifique ! » Léda ne tuera pas le taureau.
     Elle s'en fiche ! Jupiter essaye alors de la corruption. Il se métamorphose en pluie d'or. Mais ce procédé qui lui a réussi avec Danaë ne prend pas avec Léda. Léda n'est pas une femme vénale. Cette pluie d'or saurait la mouiller. Elle sait pour l'avoir entendu dire que l'or est une chimère, et par conséquent, elle s'en fout !
     Jupiter a recours à la poésie. Il se métamorphose en cygne, c'est à dire le calme dans la beauté ; et Léda séduite par la blancheur et par la grâce insigne du cygne lui fait signe d'approcher. Il approche, il se confond avec elle et s'apprête à goûter dans les bras de l'aimée les célestes joies.
     « Vas-y, Léda, plume-le ! »
     Qui a poussé ce cri blasphémateur ? C'est Phryné dont vous avez évidemment reconnu la voix d'or.
     La séance se termine au milieu d'un tumulte indescriptible.

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Phryné
 http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-83867-ombre-chinoise-phryne-debout

(avec l'aimable autorisation de madame le Conservateur des musées de Châtellerault).


TROISIÈME TABLEAU

KHENAYOS

Une salle dans la maison de Khenayos. Le juge est assis, son aspect est vénérable.


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Phryné en litière
http://www.alienor.org/http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-83863-ombre-chinoise-la-litiere-de-phryne
(avec l'aimable autorisation de madame le Conservateur des musées de Châtellerault).
 

LE RÉCITANT.
     Cependant, le temps a marché, oh ! combien vite ! Phryné a été dénoncée par une rivale, et c'est après-demain qu'elle va comparaître devant le tribunal sacré des Héliastes pour être jugée.
     Entre temps, elle n'a pas perdu son temps. Elle a employé tous les jours précédents à rendre visite à ses juges afin de solliciter leur indulgence, et elle termine sa tournée par le Président des Héliastes, le sévère Khenayos, qui nous est représenté ici dans son cabinet de travail.

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Khrobyle par Nicolas AUBERT, libre de droits.

     Mais sa femme légitime, Khrobyle, matrone pleine de prudence, ayant été avertie de la visite de la célèbre courtisane, a pris soin la nuit précédente de mettre son époux dans l'impossibilité de nuire ; et, pour l'empêcher d'être fléchi, elle l'a fléchi elle-même, ce qui est encore le meilleur moyen d'être sûre que la besogne sera bien faite. Toutefois, avant que Phryné n'arrive, elle croit utile de lui faire quelques dernières recommandations.
     « Si Phryné se présente devant toi et insiste pour te corrompre, ne réponds rien, tu serais perdu. Montre-lui seulement la porte d'un geste noble et définitif. Comme cela, mon chéri. Tu es beau petit homme. » Et elle se retire complètement rassurée.

     (Exit Kkrobyle ; arrivent des marchands de Judée).
     De riches marchands étrangers dont nous ne préciserons pas la nationalité viennent demander à l'Héliaste des places pour le procès. Mais l'Héliaste leur fait comprendre, d'un geste noble et définitif, que la séance aura lieu à huis-clos, et les marchands étrangers s'en vont mécontents. Le mécontentement se lit parfaitement sur leurs visages.
     (Sortent les marchands de Judée. Entrée d'Athéniens gigolos).
 
(avec l'aimable autorisation de madame le Conservateur des musées de Châtellerault).

     Les neveux de l'Héliaste viennent taper leur oncle d'un talent ou deux. Mais leur oncle, par ce geste, toujours le même d'ailleurs, leur fait comprendre qu'ils peuvent se taper eux-mêmes. Les neveux croient l'oncle complètement gâteux et ces garçons, prévoyant une attaque d'apoplexie prochaine, qu'au besoin ils sauront provoquer, et par conséquent un héritage monstrueux, s'en vont en chantant la chanson à la mode :
 
Un' p'tit' coup' de ciguë
C'est bien peu d' chose.

     Les voix se perdent dans le lointain.
     (Sortent les Athéniens gigolos).
 
     Enfin Phryné se présente. Elle a franchi le seuil de l'Héliaste dans une toilette extrêmement soignée. Elle a des dessous très troublants ; elle sort de chez l'onduleur. Elle essaye sur le vieil homme la séduction de sa voix d'or et elle dit :

« Pardonne-moi, si je pénètre
Indiscrètement sous ton toit.
C'est vraiment très gentil chez toi :
Tout y respire le bien-être.

J'ai vu dans la salle à côté
De bien remarquables peintures,
Et des vases et des tentures
D'une merveilleuse beauté.

Tu veux savoir ce qui m'amène ?
Dans un instant, tu le sauras.
Toi qui bientôt me jugeras,
Sois indulgent et sois amène ! (Geste de l'Héliaste).
(avec l'aimable autorisation de madame le Conservateur des musées de Châtellerault).
 
Oh ! Je n'ai pas le fol espoir
De fléchir ton cœur impeccable,
Car je te sais juge implacable,
Esclave austère du Devoir.

Dans une fatale journée,
J'ai commis le crime odieux
De railler les amours des dieux,
Et je dois être condamnée.

Mais à celle qui va mourir,
Tu dois une pitié suprême :
Apprends aujourd'hui que je t'aime. (Geste de l'Héliaste).
Ah ! longtemps, j'ai dû contenir

Cette passion insensée...
Comment vint-elle ? Je ne sais.
C'était bien avant mon procès ;
J'étais triste, désabusée...

Au Céramique, certain soir,
Tu passas devant moi, superbe ;
Je devins plus verte que l'herbe !
Mais tu ne daignas pas me voir.


 
 
 
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