THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

ACTE  II

 

SCÈNE  PREMIÈRE.

 

Le théâtre représente un riche salon du palais de la Belle aux cheveux d'or.

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Azélia


 

Azélia - Zéphyrine

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Zéphyrine
 

ZÉPHYRINE. - Oui, belle princesse, le nouvel ambassadeur Avenant est bien nommé ; car il est beau comme l'amour.

AZÉLIA. - Mais, Zéphyrine, comment savez-vous cela ?

ZÉPHYRINE. - C'est que la curiosité nous a toutes fait monter sur la terrasse du palais, quand l'ambassadeur du roi Potestas et sa suite sont entrés dans la grande avenue.

AZÉLIA. - Hé quoi, vous avez quitté vos occupations, pour voir passer cet
étranger ? Savez-vous bien qu'un tel empressement est blâmable et vous en devriez rougir. Pour moi, je le recevrai, parce que je dois le recevoir ; mais je ne pense pas que ce nouveau négociateur soit plus heureux que tous ceux qui l'ont précédé. La renommée, j'en conviens, publie les louanges du roi Potestas ; mais je ne me sens aucune inclination à compromettre ma liberté. Qu'ai-je à désirer ? Je règne, je suis indépendante... et un mari, quel qu’aimable qu'il soit, est toujours un mari, c’est-à-dire un maître.

     Air : Lorsque c'est la fidélité.

     En vain l'hymen avec des fleurs
     Couvre les nœuds du mariage :
     Peut-il adoucir les rigueurs
     Q
u'offre un éternel esclavage ?
     Être soumise à son époux
     C’est un devoir ou c’est faiblesse !...
     Et je trouve beaucoup plus doux
     De rester toujours la maîtresse.

 

ZÉPHYRINE. - Ah ! madame, s'il m'était permis de vous répondre...

AZÉLIA. - Que pourrais-tu me dire ? Parle ; je te permets de m'expliquer ta façon de penser sur ce sujet.


ZÉPHYRINE. - Librement ?

AZÉLIA. - Oui... en toute sécurité.

ZÉPHYRINE. - Hé bien, voici ce que je répondrais à Votre Majesté :

       Air : De Céline.

     Vivre dans un autre soi-même
     Au sein d'une douce amitié ;
     M
ettre avec celui que l'on aime
     Tous ses sentiments de moitié.
     Entre deux ne former qu'une âme,
     Qu'un esprit, qu'une volonté...
     Près d'un époux, voilà, Madame,
     Le bonheur en réalité.


AZÉLIA. - Tu me fais là un tableau qui pourrait me séduire, si je n'avais précisément le mariage en aversion.

ZÉPHYRINE. - Ah ! Princesse, c’est que personne n'a encore eu le bonheur de vous plaire ; et bien certainement vous n'auriez pas refusé par avance le roi Potestas, s'il avait su vous intéresser. S'il faut pourtant en croire tout le bien qu'on publie de sa personne...

AZÉLIA. - Je voudrais savoir ce qu'il peut attendre de cette seconde ambassade, quand déjà j'ai congédié la première avec un refus formel.


ZÉPHYRINE. - Il aura pensé qu'Avenant, plus adroit que son prédécesseur, trouverait moyen d'obtenir votre consentement... et cela pourrait bien advenir ainsi.

AZÉLIA. - Oh ! j'en doute fort.


ZÉPHYRINE. - Vous ne pouvez cependant pas toujours rester fille ; vos peuples ont le plus vif désir de vous voir faire le choix d'un époux, et sans doute que si vous refusez un monarque aimable, ce n’est pas pour accorder votre main au géant Galifron qui vous obsède de ses instances et qui, pour se venger de vos refus, dépeuple vos états en croquant tous vos sujets, et finira par vous dévorer vous-même, si vous n'avez là personne pour vous défendre contre lui.

AZÉLIA. - Oh ! il y a un terme à tout, et peut-être, à la fin, se trouvera-t-il à ma cour quelque chevalier vaillant, plus dévoué et plus heureux que les autres, qui saura combattre et vaincre cet odieux géant.

ZÉPHYRINE. - Jusqu’ici, tous ceux qui l'ont tenté ont été ses victimes, et je crains bien que sa rage ne le pousse à quelque acte de violence qui vous oblige à le prendre pour mari.


AZÉLIA. - Plutôt mille fois la mort !

ZÉPHYRINE. - En ce cas, accueillez donc l'hommage du roi Potestas qui, pour la seconde fois, vous fait offrir son cœur et ses richesses.


AZÉLIA. - J'y réfléchirai... Mais j'entends du bruit ; c’est sans doute l'ambassadeur Avenant qui se rend dans mon palais pour l'audience que je lui ai accordée. Montons sur mon trône pour le recevoir.

ZÉPHYRINE. - Puisse-t-il réussir à toucher le cœur de la Belle aux cheveux d'or, et obtenir un succès qui, en assurant votre bonheur, comblera les vœux de tous vos sujets !
 

(La Belle aux cheveux d'or se place sur son trône ; Zéphyrine est assise auprès d'elle sur un pliant).

 

SCÈNE  II.

 

Azélia, Zéphyrine, Avenant, Arlequin portant une riche corbeille, gardes, suite.

 

CHŒUR.

     Air : Des Poletais

     Succès, honneur, victoire,
     Au bel ambassadeur !
     Lui seul aura la gloire
     De subjuguer son cœur.

      Reprise.
 

AVENANT. - Grande Reine, souffrez que je mette à vos pieds l'hommage du Roi mon maître. Il vous offre par ma voix son cœur et sa couronne, et n'a pas de plus ardent désir que de vous voir les accepter l'une et l'autre.

AZÉLIA. - Gentil Avenant, je suis certainement flattée des sentiments que vous m'exprimez au nom de votre prince ; et s'il dépendait de moi de faire un choix, je puis vous assurer que je me déciderais en sa faveur.


AVENANT. - Belle Princesse, vous me désespérez ! J'avais cru qu'en vous faisant connaître tout l'amour que vous avez inspiré à mon Souverain, j'aurais le bonheur de vous ramener avec moi, ou du moins, de remporter votre consentement... Mais je vois combien était grande mon erreur ! Le roi Potestas croira que je l'ai trompé... et ma perte est inévitable.

AZÉLIA. - Votre prédécesseur n'a pas péri, et pourtant il avait échoué comme vous.


AVENANT. - Rien de plus vrai, Princesse ; mais ma position est bien différente : je me suis fait fort de réussir auprès de vous, et le roi ne manquera pas de châtier une présomption aussi téméraire.
 

AZÉLIA. - Vous avez, en effet, pris là un engagement bien irréfléchi... Cependant, si vous ne vous rebutez pas des obstacles et que vous soyez homme à lutter contre eux de courage et d'adresse, hé bien... je ne dis pas... je ne dis pas que vous deviez renoncer à tout espoir.


AVENANT. - Ah ! Madame, expliquez-vous ; il n’est rien que je ne sois prêt à tenter pour vous prouver mon dévouement et mon obéissance.
 

AZÉLIA, descendant du trône. - Sachez d'abord qu'il y a un mois environ, me promenant sur le bord de la rivière, j'y laissai tomber une bague à laquelle je tenais plus qu'à tout mon royaume. Quelque peine qu'on se soit donnée, il me fut impossible de la retrouver... Dès lors, je me suis jurée, dans mon chagrin, de ne jamais écouter une proposition de mariage, que l'ambassadeur qui me la transmettrait, ne m'eût rapporté ma bague.

AVENANT. - Ce que vous me dites, Reine, équivaut presque à un refus. Comment puis-je espérer retrouver une bague perdue depuis si longtemps et de cette façon ? N'importe, je risquerai tout pour y parvenir et...

AZÉLIA. - J'ai aussi un autre désir à satisfaire. Il y a dans le voisinage une grotte profonde, dont l'entrée est gardée par deux dragons qui vomissent feu et flammes. C’est là qu’est la source de l'Eau de beauté, et je veux absolument avoir de cette eau une bonne provision, avant de quitter mon royaume.

AVENANT. - Oh ! vous êtes si belle, que cette eau vous est bien inutile... et pourtant je braverai encore cette épreuve.

AZÉLIA. - Oh ! ce n’est pas tout encore.


ARLEQUIN, à part. - Et de trois ! quand nous serons à dix, nous ferons une croix.
 

AZÉLIA. - Il y a ici près un vilain géant, nommé Galifron, qui s'est mis en tête de m'épouser : vous pensez bien que je l'ai refusé. Depuis ce temps, pour se venger de mes dédains, il tue tous mes sujets. Avant de rien conclure, j'exige que vous vous battiez avec lui et que vous m'apportiez sa tête.

AVENANT. - Je vois, madame, que vous voulez ma mort. Vous serez obéie, je combattrai Galifron.

ARLEQUIN, à part. - Pauvre maître ! Avec la certitude de n'en pas revenir.
 

AZÉLIA. - Voilà à quelles conditions est attaché le don de ma main ; mais je suis la première à vous conseiller de ne pas essayer de les remplir. Je serais fâchée qu'il vous arrivât malheur à cause de moi.

 

AVENANT. -

Air : Du baiser imposteur

     De mon roi j'ai la confiance,
     Et la tromper serait un tort ;
     S
a justice et sa bienveillance
     Ont toujours veillé sur mon sort.
     Pour me donner de l'énergie,
     Je n'ai qu'à consulter mon cœur ;
     Et, s'il le faut, aux dépens de ma vie,
     Je dois assurer son bonheur ;
     Aux dépens de ma propre vie
     Je dois assurer son bonheur.

 

     Oui, Princesse, dussé-je trouver la mort en vous servant, je veux que le roi Potestas sache qu'il a eu raison de compter sur le dévouement de son ambassadeur.

AZÉLIA. - Allez donc, aimable Avenant, suivez votre destinée ; les Dieux, sans doute, vous seront favorables.

 

     (La reine et sa suite sortent).


 
 



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