THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

SCÈNE  III


ILDEGARDE (dans son fauteuil). - Je ne puis m'expliquer sa conduite ! Où a-t-elle pris cette manière de s'exprimer et cette aisance modeste avec laquelle elle s'est présentée devant moi. Non, ce n'est pas la fille d'un charbonnier !...
 

SCÈNE  IV


ILDEGARDE,  ÉDOUARD.

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ÉDOUARD (Il entre par la droite). - Je vous apporte, ma bonne mère, une nouvelle surprenante.


ILDEGARDE. - Qu'est-ce ? Explique-toi.


ÉDOUARD. - Vous m'avez envoyé chercher Rose ; ne pouvant la trouver, j'appris enfin par le garde de la tour qu'elle y était entrée. Je me dirigeai alors vers le cachot du chevalier Édelbert. Là, je fus singulièrement surpris de trouver Rose causant avec le chevalier prisonnier qu'elle appelait son père ; tandis que lui, nommait Rose sa fille. Je les ai écoutés ; ils se croyaient sans témoins : Dieu ! qu'ils sont tous deux bons et généreux !... Le pauvre Édelbert, bien qu'il soit dans nos prisons, n'a pas de haine contre nous ni contre mon père. Il engageait sa fille à nous rendre, toujours, le bien pour le mal. Rose est sortie sans m'apercevoir. N'est-elle pas entrée ici en venant de la prison ?


ILDEGARDE. - Oui, elle est venue ; et, après l'avoir entendue, je me suis demandé si cette héroïne était bien la fille d'un charbonnier. Aussi, je ne suis pas étonnée de ce que tu m'annonces. — Elle m'a fait trop de bien en sauvant mon fils, pour que je lui veuille du mal. Je vais au contraire profiter de l'occasion qui se présente de lui être utile, — va, ne parle à qui que ce soit de ta découverte. Je me charge d'en instruire moi-même ton père.


     (Édouard se retourne et sort par la droite)

 


SCÈNE  V



ILDEGARDE (seule). - Ainsi, Rose est une noble demoiselle. C'est pour se rapprocher de son père qu'elle a pris ce simple costume et ce pénible emploi !... C'est pour lui qu'elle préfère sa misérable position à tout !... Quel dévouement sublime !... Quelle générosité !... Et pendant qu'elle sauve notre enfant, nous tenons son père enchaîné !... Ah ! lorsque Cuneric saura tout, il reconnaîtra bientôt ses torts envers Édelbert et lui rendra la liberté et ses biens. C'est un devoir que la reconnaissance et l'humanité lui imposent.


(La toile se baisse.)


SEPTIÈME  TABLEAU

(Comme le sixième, à l'exception du fauteuil d'Ildegarde qui n'est plus là.) 

SCÈNE  I

ÉDELBERT,  CUNERIC.
(Ils sont en scène, le premier à droite).

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ÉDELBERT. - En me rendant la liberté et mes biens, vous venez, Cuneric, d'agir en digne chevalier, et de ce jour vous avez toute mon estime.
 

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CUNERIC. - Je m'étais très mal conduit envers vous, mon cher Édelbert, votre généreuse demoiselle m'a tiré de l'erreur où j'étais à votre égard. Oui, c'est elle qui a décidé notre réconciliation, et c'est encore par elle que notre amitié peut devenir durable. Je vais vous expliquer ma pensée : je viens de découvrir qu'Édouard, mon fils aîné, n'a pu être insensible à l'attrait des vertus et à l'éclat des charmes de votre fille. Cette heureuse découverte me fait espérer de voir sans tarder, si vous y consentez, les armes de Fichtemberg réunies à celles de Tanebourg.


ÉDELBERT. - Je suis, seigneur Cuneric, touché de vos nobles procédés, et je m'estimerais heureux, sans doute, de resserrer ainsi nos liens d'amitié ; mais je ne saurais adhérer aux voeux de votre fils et aux vôtres avant de connaître les sentiments de ma fille.


CUNERIC. - Eh bien, mon cher Edelbert, veuillez vous en assurer. Je vois venir mademoiselle Rose fort à propos. Je vais alors me retirer ; vous pourrez librement vous entretenir de cette affaire (il se retourne et sortdu côté gauche tandis que Rose entre par le côté droit).



SCÈNE  II

ROSE (en demoiselle),  ÉDELBERT.

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ÉDELBERT (il se retourne). - Ô ma fille ! tu viens de remporter une admirable victoire ; tu as fait plus que la force des armes qui pouvaient soumettre Cuneric, mais non changer sa haine contre moi en amitié.


ROSE. - Tant d'honneur ne m'appartient pas, mon père. Dieu n'a-t-il pas tout fait, et le petit oiseau qui vola vers le puits n'a-t-il pas eu autant de part que moi à cet événement heureux ?


ÉDELBERT. - J'approuve ta modestie. Mais, tu ne connais pas encore, ma fille, toutes les conséquences de ton acte de dévouement : Édouard, le fils de Cuneric, a remarqué tes excellentes qualités, tes vertus, ta beauté ; il a chargé son père de me faire la demande de ta main.


ROSE. - Je ne m'attendais pas à cette distinction honorable. Depuis que je suis dans ce château, je n'ai pas été sans apprécier, aussi les bonnes qualités d'Édouard ; c'est vous dire assez, mon père, combien je suis sensible à l'aveu de ses sentiments pour moi.


ÉDELBERT. - Et moi, je suis enchanté, ma fille, que cette alliance te soit agréable ; car elle ne pourra, je pense, qu'ajouter à ton bonheur. Cuneric attend ta réponse avec impatience, je vais de suite la lui porter (il se retourne et sort).


SCÈNE  III


ROSE. - Ô mon Dieu, je vous remercie de toutes les grâces que vous voulez bien m'envoyer. — Hedvige vient à moi ; que me veut-elle ?... Elle est sans doute bien surprise de tous ces événements.
 

SCÈNE  IV

ROSE,  HEDVIGE (elle entre par la gauche).


HEDVIGE. - Ah ! Rose, est-ce bien toi ?... Ah !... je voulais dire ; mademoiselle Rose. Mon Dieu ! Que tout cela est extraordinaire !... Aurais-je jamais pu deviner, aussi, que not' servante fût une noble demoiselle de Tanebourg ? — Pardonnez-moi, je vous prie, les vilains mots que je vous ai dits si souvent. Ah ! bien sûr, si j'avais su, je me serais autrement comportée envers vous.
 

ROSE. - Je vous pardonne de tout mon cœur, ma chère Hedvige, mais à condition que vous écouterez les avis que je vais vous donner : je rends justice à vos bonnes qualités ; car vous êtes bonne ménagère, infatigable au travail, économe ; vous êtes même serviable et prévenante... tant que rien ne vous contrarie ; mais lorsque vous ne vous possédez plus, vous faites le tourment de tout ce qui vous entoure et de vous-même. C'est à ces colères que vous devez votre réputation de méchanceté car l'on dit, à tort, mais enfin l'on dit et l'on croit que vous êtes tout à fait dépourvue de bon sens, parce que vous dites et faites, étant en colère, des choses que la raison ne peut approuver.


HEDVIGE. - Je vous promets bien, ma chère demoiselle, que cela ne m'arrivera plus.

ROSE. - Travaillez à vous corriger, et ne vous découragez pis si vous ne réussissez pas d'abord : on n'abat pas, vous le savez, un vieil arbre du premier coup de cognée. Mais ce n'est pas tout ce que j'avais à vous dire ; écoutez-moi encore un instant : il ne suffit pas de dompter votre humeur, il faut aussi être indulgente. Lorsque vous aurez une nouvelle servante qui vous montrera de la bonne volonté, n'exigez pas dès le premier jour qu'elle sache tout avec autant de précision et d'habileté que vous-même. Donnez-vous la peine de la former telle que vous la désirez. Ayez la patience de lui montrer sa besogne plusieurs fois. Reprenez-la avec douceur, et peu à peu elle s'instruira dans son service ; elle s'y habituera ; elle se fera à vos manières et à vos vues. Enfin vous en serez chérie et respectée. — Je ne vous aurais pas dit tout cela si je vous estimais moins, ma chère Hedvige ; l'intérêt que je vous porte m'a dicté ces conseils. Retenez-les, suivez-les ; et vous m'en remercierez un jour.
 

HEDVIGE. - Je vous en remercie dès aujourd'hui, mademoiselle, et je vous assure que je vais faire tous mes efforts pour profiter de vos sages remontrances.


ROSE. - Quel sujet vous amenait vers moi ?


HEDVIGE. - On m'a dit que vous deviez nous quitter pour retourner à Tanebourg ; je venais pour vous faire mes adieux et vous dire mon chagrin de vous voir ainsi vous éloigner de nous.


ROSE. - Je vous remercie de cette attention, ma chère Hedvige. Nous irons effectivement à Tanebourg; mais ne vous chagrinez pas de mon départ. Je dois me marier dans ce château et y demeurer toujours avec vous... ainsi, sans cesser d'être votre amie, je deviendrai votre maîtresse : cela vous plaît-il ?
 

HEDVIGE. - Ah ! que vous me faites plaisir de me dire cela. C'est sans doute avec monsieur Édouard qui est bien le meilleur homme du monde. Je vous en félicite, ma chère demoiselle, de tout mon cœur.


ROSE. - Retournez maintenant à vos occupations ; car je vois venir madame la baronne avec laquelle j'ai à m'entretenir.


     (Hedvige se retourne et sort par la gauche, La baronne entre par la gauche.)

 
 



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