THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

SCÈNE VI

CENDRILLON, MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE.


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MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. (Il entre par la porte). - Où est-elle ? où est-elle ?

CENDRILLON, venant avec son pain du côté du feu. - Mon Dieu ! monsieur, qui voulez-vous tuer, avec cette longue épée ?

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Qui je veux tuer ? qui je veux tuer ? Votre peste de chatte qui semble se faire un malin plaisir de me contrecarrer en tout.

CENDRILLON. (bas) - Ah ! mon Dieu ! s'il savait qu'elle est là, dans ce panier.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Tantôt, elle efface d'un coup de patte ce que j'écris, tantôt, elle me saute sur la tête au moment où je viens de me faire coiffer ; une autre fois, elle emporte ma perruque sur la gouttière, et elle a l'air de me rire au nez quand je la menace.

CENDRILLON. - Mais que vous a-t-elle donc fait encore aujourd'hui ?

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Ce qu'elle m'a fait ? ce qu'elle m'a fait ? elle m'a déchiré une paire de manchettes de Valenciennes, qui était toute neuve.

CENDRILLON. - Pourquoi aussi, les avoir ôtées du chiffonnier ?

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Pourquoi ? pour les faire figurer dans la fête la plus brillante qui se sera vue à plus de dix lieues à la ronde et que nous donne ce soir...

CENDRILLON. - Le prince que mesdemoiselles mes sœurs ont rencontré hier à la fête !

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Oui : ce riche seigneur nous a fait l'honneur de nous inviter : c'est pourquoi il faudra dîner de bonne heure, et ne pas rester à musarder. Allez donc préparer tout ce qu'il faut pour la toilette de ces demoiselles.

CENDRILLON. - Tout à l'heure, monsieur.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - À l'instant même ; obéissez, quand je commande.

CENDRILLON. (bas). - Ah mon Dieu ! s'il allait trouver cette pauvre chatte dans mon panier.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Faites donc ce qu'on vous dit.

CENDRILLON. - J'y vais. (Elle prend le panier).

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Qu'avez-vous besoin de ce panier ? Qu'y a-t-il là dedans ?

CENDRILLON. - Rien.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Rien ? il me semble bien lourd, voyons. (Il s'avance).

CENDRILLON. (Elle recule). - Ah ! monsieur, ne la tuez pas, c'est ma chatte.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Ah ! je la tiens donc ! ouvrez ce panier.

CENDRILLON. (ouvrant le panier) - Comment ! il n'y a rien dedans, c'est singulier ! par où donc est-elle sortie ?

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - N'importe. Remettez ce panier à sa place et allez de suite préparer la toilette de ces demoiselles, ainsi que je viens de vous en donner l'ordre.

CENDRILLON. - À l'instant. (Elle sort du côté du feu).



SCÈNE VII


MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Maudite chatte, si je la rattrape, elle me paiera cher mes manchettes, et malheur au perroquet, à la pie, au caniche, si je viens à me monter une fois la tête contre eux. (Il se retourne).


SCÈNE VIII

MADELON, MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE.


MADELON (Elle entre par la porte). - Qu'avez-vous donc, mon père, et qui vous met tant en colère ?

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Votre maudite chatte... ces vilains animaux ont toujours fait remue-ménage dans ma maison et pour amuser votre jeune âge, j'en ai toujours de nouveaux. Mais bientôt, je vais vous marier et vos noces, une fois faites, il vous faudra partir de ce logis ; alors, chez moi, je n'aurai plus de bêtes. (Il sort par la porte).


SCÈNE IX


MADELON. - C'est encore cette petite Cendrillon qui nous vaut cette algarade. (Elle se retourne.)



SCÈNE X

MADELON. CENDRILLON.


CENDRILLON (Elle entre par la porte). - C'est ça... Cendrillon a bon dos. Quelle robe mettrez-vous, mademoiselle ?

MADELON. - Vous êtes bien curieuse.

CENDRILLON. - Dame ! il faut bien que je le sache, pour vous la préparer.

MADELON. - Ah ! mon Dieu ! quelles mains noires !

CENDRILLON. - Pardine ! au métier qu'on me fait faire ici ! comme si la cendre était de la pâte d'amande.

MADELON. - Tenez, je vais faire ma toilette moi-même, je n'ai pas besoin d'une petite effrontée comme vous, qui me salirait tout. (Elle sort par la porte).

CENDRILLON. - Tant mieux. Autant de peine de moins.


SCÈNE XI


CENDRILLON. - Elles vont chanter, rire, danser toute la nuit... Qu'elles sont heureuses ! et moi qui travaille sans cesser, on me laisse, et personne ne vient à mon secours.


SCÈNE XII

LA FÉE, CENDRILLON.

 

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     (La Fée parait au milieu d'un nuage. En vis-à-vis avec Cendrillon, deux écriteaux .paraissent en même temps portant ces mots que la Fée chante : " Ça ne durera pas toujours").


CENDRILLON. - Miséricorde ! Qu'est ce que c'est que ça ?

LA FÉE.
- Je suis la Fée Minette qui vient te protéger. Tout va changer pour loi, mais je te recommande de suivre en tous points mes conseils.

     (La Fée et les écriteaux disparaissent).


SCÈNE XIII


CENDRILLON. - Par exemple, voilà de ces choses... comment, elle dit qu'elle s'appelle Minette ? Est-ce que ce serait ?... il y a quelque chose là dessous que je ne comprends pas !... bah ! que je suis bête ! ce n'est qu'une vision ; j'aurai dormi un petit quart d'heure. Allons, allons, oublions tout ça et occupons-nous de notre besogne, ça vaudra mieux.

 

SCÈNE XIV

(La Fée reparaît ainsi que les écriteaux).


CENDRILLON. - Ah ! ben, v'là qu'est un peu fort !... ça revient, j'en suis toute tremblante... Ah ! ça, mais je ne dormais donc pas tout à l'heure ?... Est-ce que tout ça serait vraiment l'ouvrage de cette petite chatte, que je caressais encore-là ce matin ?... C'est que je ne la vois plus (elle appelle). Minette ? Minette ?


(La Fée et les écriteaux disparaissent).


SCÈNE XV

LA FÉE, CENDRILLON.

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LA FÉE (apparaît du côté du feu). - Me voilà, Cendrillon, que me veux-tu ?

CENDRILLON (reculant de surprise). - Moi ? rien, madame, c' n'est pas vous que je demandais... (à part). Oh ! la belle personne !

LA FÉE. - N'as-tu pas appelé Minette ?

CENDRILLON. - C'est vrai, mais ce n'est pas vous. C'est la chatte.

LA FÉE. - Eh bien ! C'est moi.

CENDRILLON. - Vous voulez rire sans doute.

LA FÉE. - Non, te dis-je, cette Minette, qui ce matin a tiré les marrons du feu, qui a joué tant de tours à ton beau-père pour le punir de te méconnaître, cette Minette qu'il poursuivait l'épée à la main, à qui tu as sauvé la vie à l'aide de ton panier ; cette Minette enfin que tu appelles maintenant, c'est moi.

CENDRILLON. - Par exemple, je vous aurais bien rencontrée vingt fois sans vous reconnaître.


LA FÉE (souriant). - Je le crois aisément.

CENDRILLON. - Mais vous êtes donc sorcière ?

LA FÉE. - Je suis fée.

CENDRILLON. - Vous.

LA FÉE. - Et de plus, ta marraine ; ce que tu as fait ce matin pour moi, t'a assuré ma protection.

CENDRILLON (sautant de joie). - Ah ! comme mes sœurs vont être surprises.

LA FÉE. - Tes sœurs !... Je me réserve de les punir au bal de ce soir.

CENDRILLON. - Pas trop fort, n'est-ce pas ? Car au fond elles ne sont peut-être pas méchantes.

LA FÉE. - Elle les défend ! excellent petit cœur. Mais je sais tout : l'autre soir dans le grenier ne t'ont-elles pas chassée et ne t'ont elles pas enfermée ?

CENDRILLON. - Je m'en souviens trop pour le nier ; mais comment dans ce grenier noir avez-vous pu voir tout cela ?

LA FÉE. - Je rôdais, comme font les chats, le long de la gouttière.

CENDRILLON. - Est-il possible ?... plus je vous regarde, plus ça me parait drôle, que cette petite Minette soit une fée.
 


 


 

 
 



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