THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

LA FÉE. - C'est pourtant vrai, et quand tu voudras, je te donnerai le pouvoir de te transformer à volonté.


CENDRILLON. - De me transformer ?
 

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LA FÉE. - Oui, de changer, quand tu voudras, de figure et d'habits.

CENDRILLON. - Et on ne me reconnaîtra pas ?

LA FÉE. - Pas même ton père, ni tes sœurs.

CENDRILLON. - Ainsi quand je m'ennuierai d'être femme, je pourrai devenir homme ?

LA FÉE. - Tu n'auras qu'à dire.

CENDRILLON. - Et d'homme, redevenir femme ?

LA FÉE. - Tu n'auras qu'à parler, d'un seul coup de baguette, cela sera fait.

CENDRILLON. - Oh ! que c'est commode, une baguette comme ça (on frappe à la porte). Pardon, ma marraine, on frappe.

LA FÉE. - Va ouvrir. (Cendrillon se retourne et sort par la porte).
 

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SCÈNE XVI
 

LA FÉE. - L'aimable enfant ! comme elle a été surprise de ma métamorphose, et comme jeme sais gré de l'avoir adoptée. J'entends venir quelqu'un. (Elle disparaît).


SCÈNE XVII

CENDRILLON, MIRLIFLOR.

 

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CENDRILLON (elle entre par la porte à reculons). - Donnez-vous la peine d'entrer par ici, monsieur.

MIRLIFLOR (il entre par la porte). - Me voici donc dans le château de monsieur de la Canardière.

CENDRILLON. - Oui, monsieur, si monsieur veut me dire son nom, je vais l'annoncer.

MIRLIFLOR. - Le prince Mirliflor, seigneur du village voisin.

CENDRILLON. - Je vais avertir mon père.


MIRLIFLOR. - Vous êtes donc une des filles de la maison ?

CENDRILLON. - C'est si on veut : je la suis et je ne la suis pas.

MIRLIFLOR. - Comment vous n'êtes pas la fille de votre père, mais ce que vous me dites là me parait amphibologique, j'ose même dire amphigourique.

CENDRILLON. - C'est pour vous dire que monsieur de la Canardière ne m'a jamais traitée comme sa fille.

MIRLIFLOR. - Et quel est votre pays, votre âge, votre nom ?

CENDRILLON (elle chante). -
Air : Lise chantait dans la prairie.
Je suis d'un village de Flandres,
Je compte quinze ans et trois mois,
Je vis, un mercredi des cendres,
Le jour pour la première fois ;
Ma place ici n'est pas trop belle
Assise devant un tison.
Je reste sur mon escabelle ;
Voilà pourquoi l'on m'appelle
La petite Cendrillon.

MIRLIFLOR. - Et quelle est votre occupation ?

CENDRILLON. -
Je fais la cuisine, je lave.
Et tous les jours sur l'escalier.
Je descends le vin à la cave.
Je monte le bois au grenier.
De travail, ici l'on m'assomme
Sans égard pour mon cotillon.
Que j' sois lasse ou non, c'est tout comme. 
L'on traite enfin comme un bonne 
La petite Cendrillon.

MIRLIFLOR. - Et vos sœurs que font-elles ?

CENDRILLON. -
Mes sœurs fréquentent le grand monde ;
Elles courent spectacle et bal
Et chez elles, l'argent abonde.
Tandis que moi, j'ai tout le mal ;
Ces demoiselles ont l' privilège
De fair' nuit et jour carillon,
De m' gronder, de m' battre, que sais-je ? 
Mais je sais bien, qui protège 
La petite Cendrillon. (bis)
     Ah, mon Dieu ! j'ai oublié de vous annoncer, j'y cours (elle se retourne et sort du côté du feu).


SCÈNE XVIII

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE, MIRLIFLOR.

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MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE (il entre du côté du feu). - À quel bonheur, monseigneur, dois-je l'honneur de recevoir votre grandeur ?

MIRLIFLOR. - Ayant pour le bal de ce soir prié vos demoiselles, j'ai cru devoir, par procédé, venir au devant d'elles pour les y conduire moi-même.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Monseigneur !... quel honneur !... mes filles n'ont rien négligé pour se rendre dignes de figurer avec avantage parmi les beautés que vous allez réunir.

MIRLIFLOR. - Au moment où je vous parle, le tambour annonce le motif secret de la fête que je vais donner.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - C'est pour vous marier, autrement dit pour prendre une épouse.

MIRLIFLOR. - Oui, c'est ce soir que je choisis celle qui de mon nom doit étendre l'éclat.


MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Et quelles sont les qualités requises pour mériter l'honneur de...

MIRLIFLOR. - Mais, que je trouve une femme jeune, jolie, bonne et spirituelle, et je m'en contenterai.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Je crois que vous n'irez pas loin pour fixer votre choix. Mes filles, Madelon et Javotte, réunissent, aux qualités que vous désirez, quelques talents de société, tels que le chant et la danse...

MIRLIFLOR. - Le chant et la danse, j'en raffole.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Monseigneur, nous sommes à vos ordres, mes filles sont dans le salon.

MIRLIFLOR. - Cette jeune personne qui était ici tout-à-l'heure, n'est-elle pas des nôtres ?

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE.  - Ça ! fi donc ! ça n'est bon que pour garder la maison.

MIRLIFLOR. - Elle n'aurait pas été la plus laide des belles que je réunis.

MONSIEUR DE LA CANARDIÈRE. - Monseigneur est trop honnête.

MIRLIFLOR. - Allons, le bal va s'ouvrir ; il est temps de nous y rendre (ils se retournent et sortent par la porte).
 

SCÈNE XIX

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CENDRILLON. - Elles vont au bal et je vais rester seule, j'aurais pourtant bien voulu aller au bal avec elles... mais avec une méchante robe comme la mienne, est-ce que c'est possible ? À propos, je me souviens que Minette m'a dit que je pourrais, en le lui demandant, devenir tout ce que je voudrais, essayons. Ma bonne marraine, je voudrais bien être magnifiquement habillée (ses vêtements disparaissent et Cendrillon paraît magnifiquement habillée). Que de belles choses! mon Dieu que je suis belle !... regardez donc, si mes sœurs voyaient ça ! elles en seraient jalouses.

 

SCÈNE XX


CENDRILLON. LA FÉE.

 

LA FÉE. - Eh bien ! Cendrillon, es-tu contente de moi ?

CENDRILLON. - Oh ! ma bonne marraine, qu'est-ce que je vous ai donc fait pour que vous me fassiez tant de bien ?

LA FÉE. - Tu étais malheureuse et tu m'as sauvé la vie.

CENDRILLON. - Oh ! c'est sans intérêt d'abord.

LA FÉE. - Mais dis-moi : est-ce que cette belle toilette là ne te donne pas envie de sortir pour la montrer ?

CENDRILLON. - Dame ! c'est bien naturel.

LA FÉE. - Et où voudrais-tu aller

C
ENDRILLON. - Oh ! je sais bien où.


LA FÉE. - Allons, parle-moi franchement.

CENDRILLON. - Je n'ose pas... mais puisque vous êtes fée, vous devez bien le savoir.

LA FÉE. - Au bal, où sont tes sœurs !

CENDRILLON. - Comme vous avez deviné ça !

LA FÉE. - Tu aimes donc bien la danse ?
 
CENDRILLON. - Oh ! ça c'est vrai. Quand j'entends un violon, mon pied se lève de suite.

LA FÉE. - Eh bien ! tu iras.
 
CENDRILLON. - Vrai ! mais si mes sœurs me reconnaissent. ..

LA FÉE. - Pas plus que si elles ne t'avaient jamais vue, je te l'ai déjà dit.
 
CENDRILLON. - Mais est-ce que j'irai à pied, belle comme me voilà ?

LA FÉE. - Ce n'est pas mon intention ; voilà justement une citrouille, tu vas y entrer.

CENDRILLON. - Vous allez me faire rouler au bal dans une citrouille ?

LA FÉE. - Oui, vraiment.

CENDRILLON. - Est-ce qu'elle va rouler toute seule, sans chevaux ni cocher ?

LA FÉE. - Tu m'y fais penser ; regarde s'il n'y a rien dans la souricière.
 
CENDRILLON (se retourne). - Je vais y voir (elle regarde dans la souricière). Ma marraine, il y a un gros rat et deux souris.
 
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