CENDRILLON. - Moi, ma marraine ? Oh ! j'en ai trop peur.
LA FÉE. - Tu en as peur, eh bien, je vais les toucher moi-même. (Elle touche la souricière. La citrouille, la table et la souricière disparaissent, ainsi que Cendrillon. On voit à leur place une jolie calèche attelée de deux chevaux avec un cocher, Cendrillon est dedans). Tu peux aller, maintenant.
CENDRILLON. - Seule ?
LA FÉE. - Je veille sur toi.
CENDRILLON. - Je vous en prie, car je ne suis pas plus tranquille qu'il ne faut... tout ça m'a...
LA FÉE. - Ne crains rien, mais à une condition, c'est que tu sortiras de la salle au premier coup de minuit.
Air : Bon voyage, cher Dumollet.
Bon voyage, ma chère enfant !
Que le plaisir vole sur ton passage
Bon voyage, et minuit sonnant
Songe qu'ici ta marraine t'attend.
CENDRILLON. -
Quel voyage ! quel agrément.
D'aller au bal dans un tel équipage.
Quel voyage pour moi, vraiment
Quelle surprise et quel heureux moment.

(La voiture roule et Cendrillon part.)
ACTE DEUXIÈME

LE BAL CHEZ MIRLIFLOR.
SCÈNE I
Le théâtre représente la salle de bal, on danse et on chante en même temps.
GROUPE DE CINQ DANSEUSES.

CHŒUR GÉNÉRAL. -
Air de la Trajan. (Contrebasse)
Jusques à demain
Toujours en train.
Par nos rigodons
Et nos chansons
Célébrons le choix
Qui va rendre à la fois
Deux amoureux, joyeux,
Heureux.
Vous jeunes beautés
Qui dispute ?
Par plus d'un talent
Ce choix brillant
Redouble d'ardeur
Pour mériter l'honneur
De toucher d'un si grand seigneur,
Le cœur.
(Un seul chante).
Mais voyez donc les jolis pas
Que de souplesse ! Ah ! que de grâce
Que de fraîcheur ! Ah! que d'appas
Les plaisirs votent sur nos traces
CHŒUR GÉNÉRAL. -
Jusques à demain (etc).
(Un seul chante).

(On voit passer un certain nombre de valseurs et valseuses).
Chantons
Dansons
Valsons
Brillons
Efforçons-nous de plaire
Chantons
Dansons
Valsons
Brillons
Et nous l'emporterons
(Les valseurs sortent).

CHŒUR GÉNÉRAL. -
Jusques à demain. (etc).
(Le groupe des cinq danseuses revient et sort à la fin du refrain.)
SCÈNE II
MIRLIFLOR, CENDRILLON.
MIRLIFLOR. - Je ne m'attendais pas, jeune et belle princesse...
CENDRILLON. - Moi ! Princesse ! cela vous plaît à dire.
MIRLIFLOR. - Vous le dissimulez en vain, cette tournure noble, cet équipage brillant annoncent...
CENDRILLON. - Que je ne suis pas venue à pied, voilà tout.
MIRLIFLOR. - D'accord, mais les couleurs peu communes de votre équipage...
CENDRILLON. - Gris de souris, tout bonnement.
MIRLIFLOR. - De votre voiture...
CENDRILLON. - Jaune citrouille, c'est la mode.
MIRLIFLOR. - Allons, je vois que vous vous obstinez à taire votre rang. Mais vous avez un nom peut-être ?
CENDRILLON (à part). - Ah ! mon Dieu ! j'ai oublié de demander à ma marraine comment je m'appellerais !
MIRLIFLOR. - Eh bien ! vous restez muette, femme incomparable !... Cet embarras, ce silence, ce trouble ont trahi votre incognito... Oui, vous êtes la fille d'un roi... Ah ! par pitié, dites-moi, au moins, le nom de votre royaume.
CENDRILLON. - Ce n'est pas le Pérou.
MIRLIFLOR. - Eh ! qu'a-t-on besoin de trône, quand on sait comme vous, réunir tant d'attraits et de charmes.
CENDRILLON (à part). - Ses expressions m'embarrassent (haut). Seigneur, si nous allions rejoindre ces dames.
MIRLIFLOR. - Il n'est rien que je ne sois prêt à faire pour vous être agréable (Ils sortent tous deux).