THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES


     (Pendant le dialogue qui suit, la Fée des Fleurs entre et va se cacher derrière le berceau).


LA REINE. - Grâce ! Grâce !... nous ne savions pas !...

LE ROI. - Pardonnez-nous, bonne fée, nous sommes au désespoir... Daignez prendre un fauteuil et venez vous joindre à nous car vous êtes la bienvenue.

LA FÉE CARABOSSE. - Vraiment ? Je n'arrive pas trop tard, alors que le festin est presque terminé ! Certes non ! Mais je suis contente d'être arrivée à temps pour donner à la Princesse le don que je suis venue lui apporter ! Pas de pardon ! Les fées sont venues à votre appel donner à la princesse la beauté et l'esprit. Elle aura certainement toutes les perfections... (Elle rit). Mais... à seize ans, elle se percera la main avec un fuseau et elle mourra ! (Elle sort en ricanant).


LA REINE, essayant de l'arrêter. - Non ! Non ! ayez pitié ! Jetez un mauvais sort sur moi, mais n'étendez pas votre haine jusqu'à cette enfant. Pitié, pitié pour elle ! Pitié pour nous ! (Elle revient près du berceau en sanglotant).

LA FÉE DES FLEURS, sortant de derrière un rideau où elle était cachée. - Ne pleurez pas tant, Roi et Reine. Je voudrais avoir assez de puissance pour défaire entièrement ce que mon ancienne a fait ; mais, du moins, en parlant la dernière, je peux réparer un peu le mal. Écoutez, et rassurez-vous. Votre fille se percera la main d'un fuseau, mais, au lieu d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils d'un roi viendra la réveiller.

LE ROI ET LA REINE, en pleurant. - Que vous êtes bonne, chère fée des Fleurs !

LA FÉE DES FLEURS. - Dormez, petite princesse ; faites de beaux rêves. Vous aurez un jour en partage le vrai bonheur !


LA GUERRE DES  ROUETS
 

     (Le Roi est seul sur l'écran, sur son trône. Un conseiller arrive).

LE  ROI. - Alors, mon bon Rotomago, avez-vous des nouvelles à m'apporter ?

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ROTOMAGO. - Sans aucun doute, votre majesté. J'ai réussi à avoir une entrevue avec mon cousin, le célèbre Alcofribas...

LE  ROI. - ...Comment ? Alcofribas le célèbre magicien est votre cousin ?


ROTOMAGO. - Oui, Sire... et lorsque je lui ai présenté toute l'affaire, il m'a dit :
« Le fuseau piquera-t-il ou ne piquera-t-il pas ?
S'il n'y a pas de fuseau et si les roues ne tournent pas,

La jolie peau de la princesse restera toujours soignée
Sans outil pour le blesser, le doigt ne pourra pas se piquer.
»
   Mon cousin répond toujours de manière compliquée, votre majesté. Je dois avouer que je n'ai pas tout compris à ce qu'il me disait...

LE ROI. - Votre cousin est un génie, mon cher Rotomago ! Naturellement ! Comment n'ai-je pas pensé plus tôt à une solution aussi simple. Il me semble, Conseiller, que vous avez gagné facilement vos mille couronnes ! Je vais suivre les conseil de votre cousin et faire brûler tous les rouets et fuseaux du royaume.

ROTOMAGO. - Mais, votre majesté, ne craignez-vous pas de mécontenter votre peuple ?

LE ROI. - Voyons, voyons, cher conseiller. C'est juste l'affaire de quelques années : le temps que la princesse soit en âge de se marier.
 

LA  GUERRE  DES  ROUETS


 

 
 



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