LA GUERRE DES ROUETS

NARRATEUR. - Les crieurs ont porté la parole du Roi dans tous les coins du royaume et les rouets, fuseaux, pointes de toutes sortes... ont été retirés du royaume.

UNE FEMME. - Comment vais-je pouvoir gagner ma vie ? J'ai sept enfants à nourrir ?...

LE HÉRAUT. - Je dois obéir aux ordres, madame, mettez votre matériel ici !

LES JEUNES. - Comment allons-nous habiller ?
LE HÉRAULT. - Allez au château. On vous donnera des vêtements.
NARRATEUR. - Et c'est ainsi qu'en un seul jour, on brûla tous les rouets du royaume...
NARRATEUR. - En grandissant, la princesse était aussi fraîche qu'un matin de printemps, avec ses yeux bleus et doux, ses cheveux blonds et brillants comme les rayons du soleil. Lorsqu'elle entrait dans un salon, tous les regards se tournaient vers elle, et chacun se sentait plus heureux parce qu'elle était là. (Pour le défilé suivant, la princesse est dirigée par son professeur et regardée par trois courtisans).


Et que dire de son intelligence ?

Elle savait jouer de la musique...

dessiner...

jouer la comédie...

répéter une poésie en cinq langues différentes...

danser...

manier l'épée...

donner des leçons à ses professeurs...

et rester d'une simplicité désarmante...
Elle faisait la fierté de toute la cour...
Les années passèrent et le jour arriva où la Princesse Primerose atteignit sa quinzième année.

LA CHAMBRE DE LA VIEILLE FILEUSE

(Chambre très rustique. La vieille paysanne file et chante).


ombre de Paul Eudel
LA FILEUSE. (Chanson populaire)
Derrière chez mon père,
Un oiseau il y a
Un oiseau
À la volette
Un oiseau il y a.
Il dit tous les jours
Qu'il s'envolera
Qu'il s'envole
À la volette
Qu'il s'envolera.
Il s'est envolé
Sur un chêne au bois
Sur un chêne
À la volette
Sur un chêne au bois.
(Les autres couplets à volonté).
LA PRINCESSE, frappant légèrement à la forte, l'entrouvrant et passant sa tête. - Coucou ! Bonjour Madame !
LA FILEUSE. - Entrez, entrez ma belle.
LA PRINCESSE. - J'ai entendu de loin votre chanson et je suis venue jusqu'ici... Alors, vous habitez la tour, et c'est votre chambre ?
LA FILEUSE. - Oui, mon enfant.
LA PRINCESSE, regardant partout, étonnée et amusée. - J'aime ce vieux fauteuil, il est joli ! Oh ! Ce bahut ! Qu'il est amusant ! (Elle s'assied sur un petit tabouret auprès de la fileuse). Vous chantiez tout à l'heure une chanson que je ne connais pas. Voudriez-vous me la chanter ? J'adore les chanson.
LA FILEUSE. - Volontiers, mon enfant. (Elle chante la même chanson).
LA PRINCESSE. - Cette chanson est bien jolie. Vous me l'apprendrez, n'est-ce pas ? Je reviendrai vous voir souvent, car nous allons rester tout l'été dans ce château.
LA FILEUSE. - J'aurai plaisir à vous voir, ma fille, car j'aime la jeunesse... et vous me paraissez aimable.
LA PRINCESSE. - Mais que faisiez-vous donc quand je suis entrée ?
LA FILEUSE. - Je filais, ma belle enfant.
LA PRINCESSE. - Vous filiez ? Voilà quelque chose que je ne connais pas.
LA FILEUSE. - Vraiment ? De mon temps, toutes les fillettes savaient filer.
LA PRINCESSE. - Voulez-vous me montrer, Madame ?
LA FILEUSE. - Avec plaisir, mon enfant. Regardez : je serre ma quenouille sous mon bras, je tords le fil qui s'enroule autour du fuseau qui tourne vite, vite... (Elle file).
LA PRINCESSE. - Oh ! Que c'est joli !
LA FILEUSE. - Ne voudriez-vous point essayer ?
LA PRINCESSE. - Oh si ! Donnez-les moi que je voie si j'en ferais autant. (Elle s'avance pour prendre la quenouille ; aussitôt, elle se renverse, évanouie).
LA FILEUSE, se précipitant. - Qu'avez-vous, ma chère enfant ? Vous vous êtes piqué la main avec le fuseau ? Ce n'est rien... Revenez à vous... Ouvrez les yeux... Mais elle est évanouie. (Elle appelle). Au secours ! Au secours !
(La dame d'honneur accourt).
LA DAME D'HONNEUR. - Elle est sans connaissance ! Vite, de l'eau. (Elle lui asperge le visage). Frappez-lui dans les mains pendant que je délace son corsage... Ciel ! Voici le Roi !...
LE ROI. - Retirez-vous, mes bonnes femmes. La princesse ne s'éveillera pas. Transportez-la dans sa chambre. Son sommeil va durer cent ans. Ainsi l'on prédit les fées !