THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

LE SOMMEIL DE LA BELLE

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     La chambre de la Princesse. La Belle est étendue sur un lit. La Reine, aidée d'une Dame d'Honneur, termine en pleurant l'arrangement du lit. Le Roi pleure silencieusement.


LA REINE. - Là... mettons encore ce voile rose sur notre pauvre enfant. Arrangeons ses boucles blondes... (Elle la contemple). Qu'elle est belle ainsi !

LA DAME D'HONNEUR. - Ses joues sont roses comme des fleurs... ses lèvres pareilles à du corail.

LE ROI. - Elle dort tranquillement. L'entendez-vous respirer doucement ?

LA REINE. - Ne dirait-on pas un ange ? Oh ! Ma fille, plus jamais je ne verrai ses beaux yeux... (Elle pleure plus fort).

LE ROI. - J'ai mandé un médecin célèbre. Qui sait s'il ne trouvera pas un remède pour la tirer de ce sommeil. (À la dame d'honneur). Madame, voulez-vous demander s'il est arrivé ?

     (La dame disparaît une minute).

LA DAME D'HONNEUR. - Sire, le voici. (Elle sort).

LE MÉDECIN, saluant profondément. - (Il examine la Princesse endormie). Hélas, Sire, la science est impuissante à faire cesser l'enchantement. Il n'est pas en mon pouvoir d'éveiller la Princesse. Je puis, du moins, vous assurer qu'elle se porte à merveille. (Il salue et sort).

LA DAME D'HONNEUR. - Sire, la fée des Fleurs vient d'arriver dans un char tiré par trois dragons.

LE ROI. - Je vais aller la recevoir. (Il sort).

LA FÉE DES FLEURS. - (Elle entre suivie du Roi et de la dame d'honneur. Elle s'approche du lit). Chère enfant, vous voilà donc endormie pour un siècle ! En vérité ma baguette lui a donné la beauté parfaite.

LA REINE. - Oh ! Chère Fée, je passerai le reste de mes jours à pleurer mon malheur.

LA FÉE DES FLEURS. - Non pas ! Vous allez dormir en même temps que votre fille. Je vais faire le tour du château et je toucherai de ma baguette les gardes, les valets, les cuisiniers, les servantes, les chevaux et les chats qui s'endormiront pour cent ans. Pensez donc, si la princesse, en s'éveillant, se trouvait seule dans ce vieux château, elle serait bien embarrassée !

LE ROI. - Quelle bonne idée ! Ainsi la vie sera simplement suspendue pendant cent ans. Et nous nous éveilleront en même temps que notre chère enfant !

LA REINE. - Et nous reverrons ses beaux yeux... et nous entendrons sa douce voix ! Ah ! Chère fée des Fleurs ! Laissez-moi l'embrasser encore une fois avant de m’endormir. (Elle embrasse la princesse).

     (Coups de baguette de la fée. Les personnages se groupent pour dormir. La fée sort doucement).

Musique très douce (Rêverie ou berceuse) ou couplets de Bouchor.

Chantons la Belle au bois dormant,
Dormant au bois si longuement,
Chantons la Belle au bois dormant,
Plus belle que les fleurs du mois charmant.

La blonde enfant repose
Dans un château très vieux,
Sa joue est blanche et rose,
Mais nul n'a vu ses yeux, etc...

 

LE PRINCE CHARMANT
 

NARRATEUR. - La fée plongea tout le château dans un profond sommeil. Des épines poussèrent tout autour. De nombreux princes, attirés par l'histoire de la Belle, ont essayé de les traverser... sans jamais y arriver. Beaucoup d'années ont passé.
 

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PRINCE. - Holà, manant. Peux-tu me dire ce qu'il y a derrière cette montagne d'épines ?

LE  PAYSAN. - Dieu vous garde de le savoir, mon prince. Derrière ces épines, il y a la plus belle des princesses. Elle dort d'un sommeil magique depuis bien des années. Elle attend le baiser d'un prince pour être délivrée.

PRINCE. - Tu es bien sûr de ce que tu me dis ?
 

LE  PAYSAN. - C'est du moins ce qu'on raconte. Mon père racontait déjà cette histoire, et son père avant lui et le père de son père encore avant.

PRINCE. - Et de quoi voulais-tu me mettre en garde, paysan ?

LE  PAYSAN. - Monseigneur, beaucoup de jeunes gens, et pas seulement des princes, sont morts en essayant de traverser cette forêt d'épines...

LE  PRINCE. - Tant pis ou tant mieux pour moi. J'y vais !



 

 
 



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