THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

ANTONIO. - Je cours avertir mon père.

MORGIANE. - Non !

ANTONIO. - L'heure s'avance.

MORGIANE. - Il n'y a rien à craindre.

ANTONIO. - Tout à l'heure, il disait...

MORGIANE. - Tout à l'heure j'ai exterminé quarante voleurs !

ANTONIO. - Que dis-tu ?...

MORGIANE. - Nous sommes sauvés !... Écoute : en m'approchant de la voiture aux barils d'huile, j'entendis sortir de l'un de ces tonneaux une voix qui disait : « Est-il temps ?» Tout autre que moi aurait fait du vacarme dans la maison, mais je suis au-dessus d'une peur semblable. Je compris en un instant l'importance de garder le secret, et je répondis : « Pas encore, mais bientôt. » et jusqu’au dernier baril, même demande et pareille réponse. Il n'y avait qu'un tonneau qui était plein d'huile ; je courus chercher la cruche, je la remplis d'huile que je fis bouillir dans une grande chaudière, et j'ai été leur en verser une certaine quantité à chacun par une ouverture pratiquée au dessus pour leur donner de l'air, et ils sont tous étouffés.


ANTONIO. - Ô courageuse Morgiane ! Sans toi, qu'aurions-nous pu faire contre tous ces brigands ?

MORGIANE. - Le chef ne vas pas tarder à venir, car le signal va bientôt se faire entendre.

ANTONIO. - Oui, Morgiane, c'est à moi qu'il va payer cher son horrible projet. Je cours chercher mes armes.

 (On entend sonner minuit.)

 

SCÈNE  XIII.

Morgiane, seule.

 

MORGIANE. - Qu'entends- je ?... Le signal convenu... Il va descendre, retirons-nous.

(Elle sort).

 

SCÈNE  XIV.

Le Capitaine.

 

LE  CAPITAINE, à voix basse. - Point de bruit... Tout est calme... À merveille ! Je vais donc triompher... Courons éveiller mes gens.

(Il va pour sortir).

 

SCÈNE  XV.

Le précédent et Antonio, s’opposant à son passage et lui montrant deux pistolets .
 

ANTONIO. - Arrête là !

LE  CAPITAINE. - Qui es- tu ?

ANTONIO. - J'avoue que c’est dommage de t'avoir dérangé.

LE  CAPITAINE. - Et je suis sans armes !...

ANTONIO. - C'est que tu ne croyais pas me trouver là ... Je suis tout aussi malin que toi : tu avais tracé ton plan et moi j'avais tracé le mien, et je crois que ma ruse vaut bien la tienne.

LE  CAPITAINE. - Pauvre jeune homme !... Tu ne sais donc pas que si je voulais...

ANTONIO. - Prends garde à toi, je lâche le coup.

LE  CAPITAINE. - C'en est trop !... Amis, paraissez.

ANTONIO. - Tes amis sont en mon pouvoir, ils n’existent plus.

LE  CAPITAINE, à part. - Je suis perdu !...

     (Il fait quelques pas pour sortir).

ANTONIO. - Ah ! tu veux te sauver... (Il lâche son coup). Attrape ! ...

(Le capitaine tombe).

 

SCÈNE  XVI  ET  DERNIÈRE.

Ali Baba, Morgiane, Maria, Saadi, Antonio, Cocasko

     (Les femmes, excepté Morgiane, viennent avec des flambeaux allumés, ainsi que Cocasko, qui a de plus un bonnet de coton sur la tête. Le théâtre se trouve être bien éclairé.)

 

ALI  BABA. - Que signifient ce bruit, ces coups de pistolet ?

ANTONIO. - Ah ! mon père !...


ALI  BABA. - C’est vous, Antonio ?

ANTONIO. - Si vous saviez l'affreux complot qui était médité contre vous...

ALI BABA. Un complot ?...

MORGIANE. - Oui... le marchand d'huile auquel vous aviez donné à loger était le chef des brigands de la Forêt Noire.

ALI  BABA. - Comment !...

ANTONIO. - Il venait, disait-il, pour nous faire mourir tous, afin que celui qui avait enlevé le cadavre ne puisse lui échapper.

ALI  BABA. - Ô ciel !

COCASKO, à part. - J'y aurais passé aussi, moi...

ANTONIO. - Et sa voiture, qui était censée contenir de l'huile, renfermait sa troupe entière, et c’est Morgiane qui les a privés de la vie.

COCASCO, à part. - Elle a bien fait.

ALI  BABA. - Toi, Morgiane ?...

ANTONIO. - Pouvez-vous en douter ?

ALI  BABA. - Que me dites-vous là, mes chers amis ?

MARIA  ET  SAADI. - Est-il possible !...

COCASKO, à part, après les autres. - Est-il possible !...

ALI  BABA. - Et le chef, qu'est-il devenu ?

ANTONIO. - C'est le coup que vous avez entendu qui l'a tué.

COCASKO, à part. - Et moi, il m'a réveillé.

ALI BABA. - Et comment avez-vous pu découvrir ces scélérats ?

MORGIANE. - Rentrons, et nous vous conterons cela.

ALI  BABA. - Etonnante Morgiane ! Ô mon digne fils ! Sans vous je tombais dans le piège de ces brigands... Que ne vous dois-je pas ?... Quelle récompense !...

ANTONIO. - N'en est-ce pas une assez honorable que de porter le titre de votre fils ?

MORGIANE. - Pour moi, il n'en est point de plus belle que l'honneur d'avoir purgé le pays de ces scélérats et d'avoir sauvé les jours d'un aussi bon maître.

ALI BABA. - Non, mes chers enfants, de tels exploits méritent de plus fortes récompenses. Je connais un peu votre inclination de je veux, en vous unifiant, faire le bonheur de votre vie.

     (Il prend la main de Morgiane et la met dans celle d'Antonio).

COCASKO. - On se marie... à la bonne heure... J'aime les noces, moi... on danse, on chante, et puis c'est une occasion de montrer ses petits talents.

(Il fait quelques pas.)

ALI BABA. - Demain nous célèbrerons vos fiançailles, et avec la caverne remplie de richesses, qui maintenant n'appartient qu'à nous, nous ne pourrons manquer d'être toujours heureux.

 

RIDEAU
 



 

Cette pièce d'ombres est tirée de l'ouvrage consultable et téléchargeable en ligne, auquel on pourra se reporter :

 
 



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