THÉÂTRE D'OMBRES ET DE SILHOUETTES

THÉÂTRE DE SÉRAPHIN ou LES OMBRES CHINOISES

dialoguées, commentées, abrégées et moralisées
pour les enfants

Tome 1

Flamand-Grétry, Louis-Victor

1816 - domaine public
 

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Séraphin en Polichinelle

PRÉFACE

     Depuis longtemps on a occupé des moyens de faciliter la lecture aux enfants. Pour parvenir à ce but, on a cherché à leur procurer des livres remplis d'historiettes amusantes, qui, mêlant à cette étude un genre de récréation convenable à leur âge, sèment le plaisir sur les pas de l'instruction.

     Il leur faut, dès qu'ils quittent les Abécédaires, une lecture qui captive leur attention y pique leur curiosité et nous pensons que rien n'est plus convenable à cela que le petit ouvrage dont nous publions la quatrième édition, ouvrage auquel nous avons fait de nombreux changements, et que nous avons augmenté de deux dialogues. On peut dire, avec vérité, que les ouvrages de Berquin, et ceux qui lui ressemblent, ont accéléré d'une manière étonnante les progrès de la science.

     Si ces productions ont évidemment contribué à l'avancement de la lecture, quel espoir ne doit-on pas fonder sur un recueil, dialogué, des pièces du théâtre de Séraphin, théâtre pour lequel tous les enfants se passionnent, et qui fait leurs plus chères délices. La lecture de ces petits volumes ne sera pas pour eux un travail, mais une jouissance, dont on ne peut attendre que de grands succès.

     Comment, en effet, résisteront-ils au désir de repasser les traits les plus frappants qu'ils ont vus sur la scène ? et comment ne pourraient-ils pas se complaire dans un dialogue suivi sur des sujets dont la représentation leur a procuré un plaisir indicible ? à un spectacle imaginé, créé, et destiné exclusivement pour l'enfance ? Si les pièces jouées aux grands théâtres, sont propres à corriger les mœurs des personnes raisonnables, les traits de morale qu'on a répandus dans ces deux volumes, font espérer qu'ils ne produiront pas un effet moins satisfaisant sur un âge susceptible de toutes sortes d'impressions, et auquel tout homme sensé doit s'imposer la loi de n'en faire prendre que de bonnes.

     Nous avons eu soin d'employer dans cet ouvrage plusieurs espèces de caractères, pour familiariser les enfants avec les différents corps d'impression qui se trouvent dans les livres. Les lettres italiques dont se compose cette Préface, les titres et les vers qui sont mêlés aux dialogues, les prépareront à déchiffrer l'écriture ordinaire, avec laquelle cette espèce de type a le plus de ressemblance. Ainsi donc, on peut assurer d'avance que l'idée de cette petite production, qui conduira les enfants du livre au théâtre, et du théâtre au livre, tournera au profit de ces jeunes lecteurs, et du spectacle lui-même.

 

PORTRAIT DE POLICHINELLE.

« Quels succès par les siens ne sont pas effacés !
Les Roussel passeront, les Janot sont passés ;
Lui seul toujours de mode, à Paris comme à Rome
Se prodigue encor sans s'user
Lui seul toujours sûr d'amuser,
Pour les petits enfants fut toujours un grand homme. »

                                                                              D'ARNAULT

DIALOGUE premier

LA MAMAN. - Mes enfants, si vous êtes bien sages, je vous mènerai voir le théâtre de Séraphin, ou les Ombres Chinoises ; vous savez comme vous vous y êtes amusés dernièrement.

CHARLES. - Maman, vous ne pouvez nous procurer un plus grand plaisir que celui-là.

HENRI. - Comme ce Polichinelle nous a fait rire !

SOPHIE. - Mais qu'est-ce que c'est donc que ce Polichinelle ? car, quoiqu'il soit de bois, il n'en représente pas moins un homme qui a dû exister. Je vois sa figure partout ; il n'y a pas un de ces petits théâtres à marionnettes où il ne joue le rôle principal.

LA MAMAN. - Polichinelle était un homme contrefait, ainsi que vous le voyez dans son portrait ; mais comme, malgré sa laideur et sa mauvaise tournure, c'était un goguenard qui affectait un air de forfanterie, les bateleurs ont fait de ce fanfaron un héros de théâtre, et ont mis sur son compte une foule d'aventures hardies, plus divertissantes les unes que les autres, pour attirer du monde à leur spectacle. Son nom vient de pullicinello, mot italien qui signifie petit habitant de la Pouille, province du royaume de Naples, comme je vous le ferai voir sur votre carte de géographie.

CHARLES. - Comment ! Polichinelle faisait le rodomont ? c'est pour cela, maman, qu'à ces petits théâtres portatifs, que l'on rencontre dans les rues et sur les boulevards, on le voit se battre tantôt contre des spadassins, tantôt contre des commissaires, tantôt contre des poissardes...

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HENRI. - Je me rappelle bien, moi, qu'il a renversé des écosseuses, de son cabriolet, comme on voit sur la gravure. Pourquoi les maltraitait-il donc ainsi ?

LA MAMAN. - C'est qu'elles avaient manqué à Polichinelle en ce que, dès l'instant qu'elles l'avoient aperçu, elles s'étaient opposées à ce qu'il passât de leur côté : il a été obligé de fouetter son cheval, qui s'est emporté, et qui a fait tomber leurs marchandises pour s'ouvrir un passage ; la roue a froissé la jambe d'une des poissardes : celle-ci alors a fait l'estropiée ; elles ont appelé le commissaire, qui a entendu leur plainte, et condamné Polichinelle à une amende. Ces dames, qui sont très faciles à calmer, ont cherché à se réconcilier avec Polichinelle, en lui disant que s'il voulait les conduire aux Porcherons, ils y boiraient ensemble l'argent de l'amende. Polichinelle, feignant de céder à leur proposition, les a fait monter en cabriolet. Mais à peine étaient elles placées auprès de lui, qu'il leur a fait toutes sortes de niches ; il a fouetté de nouveau son cheval, qui s'est cambré, et a renversé les écosseuses dans la boue.

HENRI. - Oh ! oui ; mais Polichinelle a supporté à son tour bien des vexations, car elles l'ont appelé bossu, tortu, bancal, et elles ont battu son cheval : cette pauvre bête ne devait pas répondre des fautes de son maître.

LA MAMAN. - Elles n'en ont pas moins été renversées dans la boue ; mais je ne plains nullement ces dames ; cela leur apprendra une autre fois à ne pas barrer le chemin aux gens. Quand ces femmes-là sont dans leurs goguettes , elles se croient tout permis ; elles parlent à tort et à travers, et se moquent du tiers et du quart. Je suis persuadée que, si elles fussent restées là, elles auraient encore insulté l'épouse de Polichinelle ; mais c'est assez disserter aujourd'hui sur les marionnettes : demain, nous dirons deux mots de cette femme si célèbre parmi les marionnettes. Je veux savoir cependant, avant de terminer cet entretien quel sera celui de vous deux, Charles et Henri, qui pourra: me répéter le compliment par lequel le facétieux bossu débute toujours sur le théâtre : c'est une vieille chanson que tous les enfants apprennent par cœur. Voyons, mes petits enfants, qui de vous deux a le plus de mémoire ?

CHARLES. - Maman, vous vous rappelez bien que je n'ai encore été qu'une fois aux Ombres Chinoises, et que par conséquent je ne puis pas l'avoir retenue.

HENRI. - Oh bien ! moi, qui ai vu le théâtre de Séraphin trois fois, je le sais ; en voici la preuve, écoutez bien :
Avec grande impatience,
Messieurs et dames, je vous attendais ;
J'ai l'honneur de votre présence,
Elle remplit tous mes souhaits ;
Eh ! oui, oui ! Eh ! non, non,
Je n'en dirai pas davantage.

SOPHIE. - Si tu parviens, mon frère, a retenir aussi bien tes leçons de grammaire que ce mauvais couplet, on fera quelque chose de toi.

LA MAMAN. - Je vais faire une visite ou deux, et à mon retour je récompenserai celui qui aura le mieux lu et le mieux écrit de Charles où de Henri.

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DIALOGUE II.

Madame Gigogne et sa famille
 

LA MAMAN. - Mes enfants, je vous ai promis hier de vous dire un mot de la femme de Polichinelle ; il est juste que je vous tienne parole : je vais vous faire voir son portrait.

HENRI. - Ah ! c'est madame Gigogne, je la reconnais à son gros ventre, et aux enfants qui sortent de dessous ses jupons.

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Mère Gigogne et quelques uns de ses enfants

CHARLES. - Celui de ces petits marmots qui m'a le plus amusé, est celui qui est à cheval et qui agite si bien son sabre. Je ne puis concevoir comment on peut faire gesticuler avec autant de précision, de petits hommes de bois ; il y a dans tout cela un mystère que je voudrais bien pénétrer.

LA MAMAN. - Le mécanisme de ces marionnettes est on ne peut plus ingénieux ; c'est au moyen de fils artistement disposés, qu'un homme placé hors de la vue du public leur fait faire tous les mouvements et tous les exercices qui causent votre étonnement ; mais il est inutile de chercher à connaître le secret de cette espèce de magie ; il faut d'ailleurs avoir une idée de la mécanique, pour comprendre l'effet des poulies, des contrepoids et des autres forces physiques employées dans ce théâtre ; et il viendra un temps où vous apprendrez tout cela.

SOPHIE. - Mais, maman, connaît-on l'histoire de madame Gigogne, comme celle de Polichinelle ?

LA MAMAN. - Le nom de madame Gigogne est un nom de fantaisie, et cette femme n'a réellement jamais existé : c'est sans doute le caractère de quelque grosse commère qui a eu une vingtaine d'enfants et que l'on a voulu singer dans madame Gigogne : cela me paraît d'autant plus vraisemblable, que ce mot vient à coup sûr du latin gigno, qui, suivant ce que m'a dit dernièrement le maître de votre cousin Auguste, veut dire : procréer, engendrer.

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HENRI. - J'aime beaucoup les quatre petits enfants tout nus qui se tiennent par la main ; mais je ne conçois pas comment des pygmées qui n'ont qu'un jour, qu'une heure même, peuvent danser, et danser en cadence.

LA MAMAN. - C'est une fiction faite pour récréer les enfants, et dont ceux qui ont un peu de sens commun ne peuvent être dupes. On danse à tout âge quand on est de chêne ou de noyer. Mais c'est assez parler de marionnettes ; entretenons-nous un instant des Ombres Chinoises qui excitent encore beaucoup plus de surprise, puisque des figures découpées en carton y jouent le rôle de personnes naturelles. Nous reviendrons aux acteurs de bois.

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DIALOGUE III.

Le Maître d'école.

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